February 12, 2018 | 18è FORUM DE BAMAKO, Blog, Conférence, Featured

Qu’est-ce que le Sahel ? Quelles sont ses limites ?

 

Le texte qui  suit est introductif au Forum de Bamako qui aura lieu en février 2018 sur le thème de l’aménagement du territoire de l’espace sahélien. En choisissant ce thème, les promoteurs du Forum partent de l’idée qu’il faut « voir comment ériger une muraille socio-économique durable et soutenable pour lutter contre le terrorisme et arrêter le flot des jeunes migrants ,notamment à travers le développement des activités génératrices de revenus et de richesses pour les jeunes et les femmes tout le long de la route transsaharienne, et prenant appui sur la réalisation de projets et programmes d’énergies renouvelables, l’agriculture familiale, l’écotourisme, et la protection de l’environnement dans le Sahara »[1]

C’est en ayant à l’esprit ces préoccupations justifiées par l’actualité, et que d’aucuns appelleront opérationnelles, que ce texte introductif  a été rédigé.

Il comporte trois parties.

La première partie consiste en un diagnostic de l’entité connue sous le nom de  Sahel. Mais plutôt qu’à présenter une photographie avec ce que cela peut avoir de statique, le chapitre 1 s’attache à éclairer quelques variables/ dimensions significatives du système que constitue cette entité et tente de le faire de façon dynamique en en montrant les constantes, les tendances lourdes et les germes de changement .

Le chapitre 2  se  focalise sur l’aménagement du Sahel. Les principes directeurs de l’aménagement et les défis stratégiques qu’il doit relever au sahel sont évoqués dans ce chapitre. La prospective comme outil d’aide à l’aménagement est aussi évoquée dans ce chapitre.

Le chapitre 3 présente quelques priorités pour l’aménagement du Sahel

1)        Qu’est-ce que le Sahel?

La question est celle de savoir quelles sont les limites du Sahel et ensuite quel diagnostic stratégique peut-on faire du territoire ainsi délimité.

1.1. Qu’est-ce que le Sahel ? Quelles sont ses limites ?

La question est pertinente car le Sahel, c’est un peu « la Belle au Bois Dormant ». Cette région riveraine du désert[2] fait penser  à une toile impressionniste sur laquelle chaque groupe humain, chaque catégorie d’acteurs apporterait sa propre touche. D’un rapport a l’autre, d’une agence de développement a l’autre les frontières du Sahel changent parce que  les critères utilisés pour le définir changent. Les plus usités de ces critères sont géo-climatiques, économiques et politiques.

Du point de vue géo-climatique, le Sahel forme une bande comprise entre les isohyètes 150/200 mm au Nord et 600 mm au Sud, s’étirant de l’Océan Atlantique à la Mer Rouge. Ces critères géo-climatiques ont prévalu lors de la création du CILSS en 1973 par six Etats[3] ayant comme point commun une forte vulnérabilité aux aléas climatiques et l’insécurité alimentaire qui l’accompagne. Sur la base de ces mêmes critères, trois  nouveaux Etats rejoindront le CILSS à la fin des années 1970[4].

Puis, le Sahel a été élargi en fonction de considérations d’ordre économique. En effet, à partir des années 2000, le CILSS s’élargit au Sud avec l’adhésion de quatre Etats côtiers d’Afrique de l’Ouest[5].

Enfin, plus récemment, et notamment depuis la crise malienne de 2012, des critères politiques et sécuritaires ont prévalu dans la délimitation/définition du Sahel. Nombre d’observateurs sont aujourd’hui d’avis qu’on ne peut comprendre le Sahel sans référence à son Nord, et particulièrement les pays du Maghreb et la Libye.

S’il est pluriel sous l’angle géographique, le Sahel l’est également sous l’angle institutionnel dans la mesure où les pays du Sahel appartiennent à un grand nombre d’organisations intergouvernementales. Cette multiplicité d’organisations a sans doute favorisé la coopération mais elle ne va pas sans problèmes : duplication, chevauchement, concurrence négative, charges financières lourdes pour des Etats qui ont du mal à honorer leurs engagements. L’APD nécessaire pour le développement du Sahel accroit, par un de ses effets pervers bien connus, l’impact de ces phénomènes négatifs ; en effet pas moins de quatorze stratégies et pas moins de sept envoyés spéciaux se disputent les faveurs des Sahéliens, là ou une coordination des efforts s’imposerait dans un souci d’efficacité.

De façon schématique, les promoteurs de ces stratégies se rangent dans deux groupes d’acteurs et d’institutions. Il y a, d’une part, des agences dont le mandat et les préoccupations opérationnelles tournent davantage autour des questions de développement économique. Pour elles, les frontières du Sahel ne sont pas déterminées uniquement par des critères géo-climatiques mais des considérations économiques et en particulier la nécessité d’assurer une meilleure intégration régionale, une plus grande complémentarité entre les pays côtiers et les pays enclavés sahéliens. Il y a donc dans ces agences un travail de plaidoyer en faveur d’un élargissement des frontières du CILSS originel vers le Sud au sein d’un espace que l’on pourrait qualifier de « sahélo- soudanien ». Il y a, d’autre part, des agences qui s’occupent des questions humanitaires et de sécurité et  qui sont enclines à mettre l’accent sur les zones les plus vulnérables aux aléas climatiques et politiques, singulièrement le terrorisme. La crise malienne a largement renforcé ce groupe pour qui les frontières du CILSS doivent être élargies vers le Nord, de manière a se confondre avec un espace « sahélo-saharien ».

On assiste ainsi, depuis la création du CILSS en 1973, a un élargissement progressif du Sahel vers le Sud et vers le  Nord. De ce fait, le Sahel est une réalité à géométrie variable. Il sera entendu dans ce texte comme étant sahélo-saharien et sahélo-soudanien.

1.2) Diagnostic stratégique : état des lieux et enjeux stratégiques

Cinq (5) grandes thématiques d’entrées, suffisamment larges pour prendre en considération les diverses facettes de la réalité sahélienne, vont être examinées. Ce sont (i) la démographie ; (ii) L’économie ; (iii) Les structures sociales ; (iv) Les systèmes de gouvernance et les enjeux de sécurité ; (v) Les ressources naturelles et le changement climatique. Pour chacune des cinq thématiques, on dressera un état des lieux sur les dynamiques passées et en cours et l’on s’efforcera d’identifier les « invariants »[6], « tendances lourdes »[7] et « germes de changement »[8].

 

1.2.1: la démographie.

La question démographique est essentielle car elle a un impact important sur les performances des pays de la sous-région. L’analyse de la structure de la population (âge, sexe, stratification sociale, répartition spatio-temporelle, mouvements migratoire etc.) est un paramètre important pour mieux comprendre les défis de développement et concevoir des politiques appropriées.

A l’heure actuelle, le  Sahel est caractérisée par :

  • un taux élevé de croissance démographique qui constitue un défi pour le développement de la région
  • la prépondérance de la jeunesse dans la population : les moins de 25 ans représentent environ deux-tiers de la population totale ; cette jeunesse de la population est à la fois un facteur de vulnérabilité mais aussi d’opportunité si des mesures appropriées sont prises.
  • une urbanisation galopante : Selon le Club du Sahel, alors que l’Afrique de l’Ouest comptait en 1950 seulement 6 centres urbains de plus de 100 000 habitants, elle en compte aujourd’hui plus de 122, avec un taux d’urbanisation de 41% au niveau régional. Cette urbanisation, qui est une tendance lourde, modifie le paysage sahélien. C’est un processus qui a des aspects positifs, notamment en ce qui concerne l’éducation des enfants et particulièrement celle des filles, mais aussi en termes d’accroissement de la productivité et de l’innovation. Par ailleurs, c’est essentiellement dans les villes où elles restent la matrice nourricière de la famille que la capacité des femmes à maîtriser leur fécondité a connu de réelles avancées dans les pays sahéliens. Toutefois, l’urbanisation au Sahel a surtout été jusqu’à présent accompagnée par un grand développement du secteur informel où la productivité reste très basse. Il s’y ajoute qu’elle n’a pas donné lieu à un dépeuplement des campagnes ; à rebours de ce qui s’est passe ailleurs, le monde rural continue de se peupler et les sahéliens sont encore en majorité des ruraux.

 

Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Les démographes s’accordent à penser que la croissance démographique élevée est une tendance lourde car la transition démographique tarde à se faire dans le Sahel ; elle est du moins beaucoup plus lente que dans d’autres parties du continent. Ainsi, la charge d’élever des générations nombreuses et de les intégrer va continuer à peser sur les sociétés sahéliennes et ne s’allégera qu’à long terme. De plus, la forte croissance démographique s’accompagnera vraisemblablement d’une urbanisation accrue qui se traduit par une plus grande sédentarité.

 

1.2.2 : l’économie

Les économies des pays sahéliens ont de nombreux traits communs. Elles sont peu  résilientes, vulnérables qu’elles sont a diverses insécurités (alimentaire, énergétique, environnementale, politique), fragiles devant les chocs exogènes (climat, prix), déclassées dans les indicateurs internationaux et peu prisées des investisseurs. De plus, le manque d’infrastructures est un lourd handicap pour les économies sahéliennes et les « trappes à conflits » sont nombreuses dans un contexte de persistance de la grande pauvreté. Héritées du passé colonial, ces économies sont encore largement rentières et donc dominées par la production et l’exportation de matières premières agricoles et minières avec peu ou pas de transformation des produits. Le poids du secteur agricole dans le PIB reste fort même s’il tend à décroitre pour se situer autour de 40%. Si les disponibilités alimentaires se sont améliorées, le défi alimentaire et nutritionnel est permanent et représentera un enjeu de taille dans les années à venir pour nourrir les villes et les campagnes de demain.

En outre, aucun pays du Sahel n’est parvenu jusqu’à présent à tirer parti de sa rente minière et pétrolière pour édifier une industrie manufacturière compétitive. En d’autres termes, le processus de l’accumulation du capital productif ne s’est pas encore enclenché. Au niveau régional, le commerce formel intra-sahélien reste faible. Malgré l’adoption de tarifs extérieurs communs, le commerce est resté entravé par de nombreux handicaps, parmi lesquels l’on cite souvent la précarité. Des routes, des pistes, des réseaux, des connexions de communication absolument nécessaires pour faciliter l’intégration régionale.

Au niveau international, l’insertion dans l’économie mondiale progresse difficilement en raison des faibles productivités[9] du capital et du travail. Faute de trouver une place satisfaisante dans l’économie mondiale, le Sahel est resté très dépendant de l’aide publique au développement, plus que d’autres régions du continent. Toutefois, le Sahel a trouvé, pour son malheur, une place dans une autre forme de mondialisation à laquelle elle avait jusqu’ici échappé: l’économie grise ; celle des trafics illégaux de toutes sortes, du commerce des armes et des drogues, du blanchiment de l’argent sale, des prises d’otages, du trafic des êtres humains. Si ces trafics témoignent d’une réelle intégration entre les deux rives du Sahara, leurs répercussions pour les Etats sont désastreuses et les impacts redistributifs vers les populations extrêmement limités.

Quelques germes de changements des économies sahéliennes sont toutefois porteurs d’espoirs. C’est le cas des potentialités que représentent l’économie populaire urbaine liée au phénomène d’urbanisation, le développement des Technologies de l’Information et de la Télécommunication (TIC), la promotion de l’économie verte ainsi que les politiques de grands aménagements (fluviaux notamment). Enfin, certains indices conduisent à affirmer que l’on assiste au Sahel, comme ailleurs sur le continent, à une « révolution silencieuse » avec l’émergence de « classes moyennes » mues par une volonté d’ascension sociale porteuse de changement.

1.2.3: les structures sociales.

La parenté, qu’elle soit biologique ou symbolique, a joué un rôle clé dans la configuration des structures sociales au Sahel. Les systèmes de production ont pu ainsi être considérés comme lignagers. Il en est encore ainsi très largement car même si des systèmes de production marchande ou capitaliste se sont développés au cours des dernières décennies, ils sont loin s’avoir supplanté les systèmes de production lignagers, comme on peut le voir avec les questions touchant au régime foncier. Ce système lignager qui se caractérise notamment par des investissements considérables dans l’établissement ou le développement de liens sociaux a été à la base de solidarités inter et intra générationnelles très fortes qui ont joué un rôle clé dans les stratégies d’adaptation des sociétés sahéliennes.

Dès lors une question importante pour l’avenir est celle de savoir si les germes de changement qui existent, comme l’accès à l’éducation par exemple, seront assez forts pour réduire le poids du système lignager sahélien et faire de la famille non pas seulement une structure de production ou de consommation mais aussi un milieu d’accumulation de capital.

Par ailleurs, sur le plan des systèmes culturels, le Sahel est une région très ouverte. On estime que sur 300 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest, les chrétiens sont 95 millions, alors que les musulmans sont 150 millions, et les athées ou les adeptes des religions traditionnelles sont 55 millions. L’expansion de l’Islam et le développement du christianisme au Sahel ont été tels que les cultures indigènes/natives  traditionnelles ont perdu quelque peu de leur attrait. Mais ces religions importées ne se développent pas sans rencontrer de résistances, ni sans se réinventer. Ainsi, des églises nouvelles se créent qui traduisent le désir d’autonomie par rapport au christianisme importé. De plus, les pratiques confrériques qui étaient quasi hégémoniques chez les communautés musulmanes sont menacées par des courants islamiques intransigeants, en provenance du Proche-Orient, qui prônent l’application de la Charia. A la place de la symbiose et du dialogue inter-religieux, on voit se développer concurrence, voire conflits qui ne sont pas sans risque pour l’avenir.

La place des femmes dans la société fait par ailleurs l’objet de changements significatifs : vaille que vaille, les femmes bousculent les hiérarchies, animent des réseaux qui s’attaquent aux conditions de la vie communautaire, conquièrent des pouvoirs croissants, autant d’éléments qui, avec d’autres, ébranlent les sociétés sahéliennes patriarcales.

Enfin, le Sahel est marqué par le développement des cultures urbaines portées essentiellement par des jeunes qui ont un rapport complexe aux traditions africaines et a la modernité occidentale. Dans ces nouvelles cultures urbaines, si les apports de la modernité sont largement acceptés, le cosmopolitisme n’en est pas moins condamné en particulier dans les milieux populaires ou certaines formes d’occidentalisation sont vivement combattues. Que sortira-t-il de ce bouillonnement des cultures urbaines ? Nul ne le sait ;on ne peut qu’émettre des hypothèses.

1.2.4 : les systèmes de gouvernance et enjeux de sécurité

Le Sahel a pendant longtemps été considéré, à juste titre, comme une des régions les plus pauvres du monde, sujette à des crises alimentaires récurrentes, mais comme une région relativement stable et en en paix. Aujourd’hui, si le Sahel continue d’être en proie à une extrême pauvreté, il est confronté à une instabilité politique et sécuritaire chronique. Les évènements politico-militaires qui ont bouleversé le Mali en 2012 et les conséquences de la guerre civile libyenne ont accéléré la dégradation de la situation sécuritaire, laissant les populations sahéliennes de plus en plus vulnérables aux conflits armés, activités terroristes, trafics illicites et a la criminalité organisée[10]. Si la crise malienne a largement contribué à remettre la question sahélienne au sommet de l’agenda international, elle n’est cependant que la partie émergée d’une crise régionale aux racines plus profondes. Ainsi, la recrudescence actuelle de l’instabilité au Sahel a des causes structurelles bien ancrées, parmi lesquelles le déficit de gouvernance démocratique des Etats occupe une place non négligeable.

En effet, les grandes difficultés qu’éprouvent les gouvernements de la région depuis plusieurs dizaines d’années à exercer leur souveraineté sur l’ensemble de leurs territoires et à fournir aux populations les services sociaux de base ont donné lieu à un affaiblissement du contrat social entre l’État et ses citoyens. Ce sentiment de rupture dans les relations « États- sociétés sahéliennes » a été renforcé par de hauts niveaux de corruption et une mauvaise gestion des affaires publiques. De plus, la géopolitique interne des Etats sahéliens, opposant généralement un centre contrôlant le pouvoir politique et les richesses du pays à des périphéries marginalisées, a largement contribué à faire émerger des contre-pouvoirs au sein des communautés locales. Elle a également accéléré le processus de radicalisation d’une jeunesse désœuvrée, désabusée et facilité l’implantation et le développement des groupes armés terroristes et réseaux criminels transnationaux. La détérioration  de la situation sécuritaire depuis 2012 a conduit à une militarisation accrue à travers la région et diverti les ressources vers des interventions de type sécuritaire et humanitaire au détriment d’investissements destinés à résoudre les causes structurelles de l’instabilité, en particulier la Gouvernance. Pourtant, si les interventions militaires et humanitaires sont essentielles dans le court terme, elles ne s’attaquent qu’aux symptômes d’une crise plus profonde et complexe, dont la faillite des Etats de la région constitue le point d’ancrage. Afin d’inverser la tendance actuelle de déstabilisation et d’insécurité grandissante dans la région, une vision à plus long terme devrait être, de l’avis de tous les analystes, adoptée par les gouvernements sahéliens et les acteurs externes.

Cela dit, la question du pouvoir, de la gouvernance et de la démocratie n’est pas seulement une affaire politique. Elle est aussi une question du cadre spatial dans lequel s’exercent le pouvoir, la gouvernance, et la démocratie ; c’est un point sur lequel l’on reviendra

1.2.5 : les ressources naturelles et le changement climatique

Les deux caractéristiques principales du climat, communes à toute la région sahélienne, sont  d’une part la faiblesse des précipitations (situées entre 100 mm au nord et 600 mm au sud) et d’autre part leur forte variabilité interannuelle (coefficient de variation de 20 à 30%), intra-annuelle (de gros orages succèdent à des épisodes secs au cours de la même saison des pluies) et spatiale. Les pays de la zone sahélienne sont parmi les plus vulnérables et les moins résilients au changement climatique : phénomènes climatiques extrêmes, érosion des sols et inondations, désertification, baisse de la quantité d’eau disponible, enfoncement des nappes phréatiques, sécheresses plus longues et répétées etc. Selon les modèles climatiques disponibles une hausse tendancielle de la température vers 4°C à l’horizon 2050 est tout a fait plausible et aura des conséquences négatives sur des économies et sociétés sahéliennes dont le fonctionnement repose encore en grande partie  sur l’exploitation de la biomasse. Ainsi, le stress hydrique, renforcé par le changement climatique, impacte directement l’agriculture et la sécurité alimentaire de la région. Dans le même temps, les terres agricoles et les pâturages se dégradent, la forêt disparaît, la biodiversité recule, tant et si bien qu’en bien des endroits de la bande sahélienne, les populations sont contraintes, comme Jacques Giri le remarquait déjà en 1989  de « manger le capital naturel ». Contribuant ainsi au risque sécuritaire évoqué plus haut et que les scientifiques ne peuvent plus négliger aujourd’hui[11].

S’agissant toujours des ressources naturelles, l’on doit signaler que le Sahel, à l’image du reste de l’Afrique, connaît une relance de ses activités minières. Les travaux réalisés durant la dernière décennie montrent que la zone sahélienne, largement sous-explorée, recèle d’une quantité relativement importante de minerais (or, diamant, fer, phosphate, uranium, bauxite, plutonium, manganèse, cobalt etc.) à laquelle il faut ajouter des ressources non négligeables de pétrole et de gaz naturel. Si ces ressources constituent une manne financière potentielle à même de réduire la pauvreté des populations sahéliennes, elles sont aussi l’objet de toutes les convoitises, suscitent des tensions, alimentent les systèmes de corruption et influencent les modes de gouvernance locale. Force est de constater que jusqu’à présent, ces ressources n’ont pas permis de concilier les trois exigences du développement durable : le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l’environnement.

Au total, et pour conclure ce rapide survol, ce qu’on peut  dire du Sahel, c’est qu’il a connu un passe florissant, qu’il vit un présent difficile et que son avenir est largement incertain

Cette région a connu un passe florissant ; même s’il  faut résister a la tendance de l’establishment politique et culturel de faire renaitre les héros, en vue ,nous dit Isaïe Dougnon, « de donner l’espoir a un peuple auquel il a ôté l’espoir »,même s’il faut « déconstruire le culte des ancêtres précoloniaux » , un culte qu’il attribue ,non sans raison peut-être, a la « désertification conceptuelle »[12] qui frappe les  intellectuels de son pays, force est de reconnaitre que le Sahel n’est pas orphelin en matière de constructions politiques et que des formes originales de démocratie y avaient été expérimentées bien avant les révolutions bourgeoises du 18 eme siècle en Europe.[13]

Sur le plan culturel aussi, le Sahel ne manquait pas de panache comme en attestent le fameux pèlerinage de Kankou Moussa et la légende qui entourait Tombouctou.

Cette région connait un présent difficile : au cours des trois dernières décennies, souligne  Dufourcq, huit pays de l’Afrique de l’Ouest, soit plus de la moitie, ont connu des conflits armes : Liberia, Sierra Leone, Mali, Niger et Guinée Bissau  dans la décennie 90 ; Cote d’Ivoire, Guinée, Niger dans les années 2000 ; Nigeria et Mali à nouveau dans les années 2010 ; sans compter le conflit de basse intensité mais pas moins réel : celui de la Casamance au Sénégal.

L’avenir de cette région est incertain. Au Sahel plus qu’ailleurs sans doute l’avenir est largement ouvert et peut emprunter mille sentiers. Les pays Sahéliens l’ont bien compris et ont entrepris de nombreuses plongées dans les futurs possibles par la méthode des scenarios si chère aux prospectivistes. Il n’est pratiquement aucun pays sahélien qui n’ait conduit un exercice de réflexion prospective au cours des vingt dernières années[14]. Sans entrer dans les détails, on peut retenir que les scenarios élaborées dessinent en gros trois trajectoires possibles.

  • Un scenario tendanciel dans lequel les pays essaient de sortir de l’économie rentière mais n’y parviennent pas. Les économies connaissent donc, comme au cours des cinquante derniers années une évolution en dents de scie. Les mécanismes de solidarité internes aux sociétés et l’APD permettent cependant aux Sahéliens les plus défavorisées de survivre .C’est un scenario dans lequel il n’y pas de développement véritable mais il n’y a pas non plus de catastrophe majeure car des ajustements sont opères. Les lions sont pris au piège.
  • Dans certains scenarios ce scenario tendanciel vire a la catastrophe et les lions deviennent faméliques. C’est un scenario dans lequel le monde s’effondre comme dirait Chinua Achebe. La mal gouvernance devient la règle, l’insécurité règne dans des parties du territoire réduites a l’état de friches étatiques, les seigneurs de guerre imposent leurs lois. Les préoccupations sécuritaires priment sur toutes les autres et le développement n’est plus a l’ordre du jour. Dans un tel scénario les politiques baissent les bras et laissent la situation de crise actuelle s’exacerber ; le Sahel  devient une région pratiquement ingouvernable, une zone de tous les dangers, un peu comme la Somalie ou de la Libye d’aujourd’hui ; c’est un scénario pessimiste a qui P.C. Damiba donne le nom de « Sahel panier a crabes ».

 

  • Un autre avenir est cependant possible : c’est celui d’une sortie par le haut. C’est un scenario dans lequel les lions sortent de leur tanière et se lancent a la conquête des marchés extérieurs .Les pays sahéliens s’’insèrent dans l’économie mondiale de façon différente .Ils participent aux chaines de valeurs mondiales autrement et « émergent », pour utiliser un terme qui connaît une grande fortune puisque pratiquement tous les pays sahéliens ont choisi le vocable de pays émergent pour désigner leurs aspirations a des horizons compris entre 10 et 25ans.

 

  • Un quatrième scenario a été envisagé, essentiellement par l’Institut des Futurs Africains sous le nom de «les  lions marquent leurs territoires »

La première hypothèse de base de ce scenario est que les tensions générées par un développement de type productiviste sont ressenties comme insupportables et qu’un certain nombre d’acteurs cherchent et réussissent à marier logique relationnelle et logique économique, au lieu de les séparer comme dans le scenario précèdent. La seconde hypothèse est que les pouvoirs participent à cette évolution :une alliance entre les pouvoirs politiques et les pouvoirs symboliques ,à savoir les pouvoirs religieux, les pouvoirs traditionnels, se réalise. Dans ce scenario, le futur qui se construit en Afrique est d’autant plus complexe et riche qu’il n’est plus l’expression du droit régalien de l’Etat mais qu’il se bâtit en des lieux différents, par des acteurs différents, mus par des projets différents, selon des temporalités différenciées.

Ce que ces scenarios montrent c’est que :

  • il n’y pas de fatalité historique a laquelle Sahel ne saurait échapper ; l’avenir est ouvert
  • pour éviter de subir l’avenir, il faut le préparer ; l’anticipation est donc essentielle
  • se doter d’un projet mobilisateur et largement partage est essentiel car «  il n’est pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il veut aller ».

 

  1. 2. C’est quoi aménager ? De quoi l’aménagement est-il le nom ?

2.1. Les principes directeurs

L’aménagement du territoire est ,dans son acception classique, «  un ensemble d’actions et d’interventions, politiques ou techniques, volontaires et concertées, visant a assurer la répartition équilibrée des populations et des activités sur l’ensemble d’un territoire ;garantir la cohérence des activités publiques et privées qui contribuent au progrès économique et social du territoire ;et enfin satisfaire aux exigences d’un développement culturellement adapte et écologiquement supportable »[15].Pierre Jacquemot , a qui nous empruntons cette définition, ne peut s’empêcher de conclure qu’il s’agit d’ « une vaste ambition ».Il dst rai que par ces trois objectifs qui lui sont assignes, l’aménagement du territoire ne se distinguerait en rien du développement durable. Mais il est une condition pour atteindre tous ces objectifs :c’est la gouvernance .Voila pourquoi l’aménagement du territoire renvoie dans notre entendement a la gouvernance  des territoires. La gouvernance en l’occurrence désigne l’ensemble des regles,procedures et pratiques  concernant la manière dont les pouvoirs sont organises au sein d’une organisation ou d’un Etat. Quant au territoire, il doit être entendu certes comme un support géographique renfermant des ressources inventoriées et matérialisé par des prérogatives attribuées a un pouvoir  mais il doit être compris aussi comme un production humaine, une construction sociale a laquelle ses résidents participent avec toute leur histoire .Sous ce rapport, le territoire peut être lu comme une contraction de deux notions :des terres et des histoires[16] .

Loin d’être statiques, les territoires  sont des réalités dynamiques. Les espaces ainsi appelés le sont devenus parce que forgées par des populations qui ont choisi d’en faire un  cadre de vie. En tant que produit historique, objet de représentations, d’intérêts, de pratiques, et enjeu de pouvoir, le territoire est à la fois un espace naturel et peuplé mais également un espace produit, aménagé et approprié, vecteur d’identités et mobilisateur d’actions collectives .

Et qui dit populations, rassemblement d’hommes, de groupes sociaux, dit gouvernance. Il n’y a donc pas de territoire qui vaille sans gouvernance. Dans les endroits où la gouvernance fait défaut, se développent des friches étatiques ,des no man’s lands mais pas de territoires véritables  et certainement pas de “développement durable”…La gouvernance est donc consubstantielle au territoire car c’est elle qui permet “le vivre ensemble”, la participation de toutes les composantes de la population, notamment les plus vulnérables ,les groupes ou catégories régulièrement marginalisées ou exclus , a la production, l’application, la gestion, l’évaluation et l’évolution des normes, règles et institutions qui organisent la vie dans les territoires .De ce point de vue, la gouvernance des territoires pourrait être synonyme d’aménagement du territoire.

Il se trouve que l’aménagement du territoire est un phénomène multidimensionnel. En effet

2.1.1. Aménager, c’est prévoir :

Aménager un territoire, c’est le gouverner ;or ,comme le souligne P.C. Damiba, « gouverner se distingue d’administrer. Administrer, c’est organiser le présent. Gouverner, c’est scruter le futur. Gouverner, c’est imaginer l’avenir, pour l’orienter ou s’en prémunir ; c’est réfléchir au-delà de la durée d’un mandat politique et construire un avenir lointain en fonction de l’intérêt général. »[17].Pour le dire autrement, « gouverner, c’est prévoir » selon la belle formule du français Emile de Girardin. C’est la raison pour laquelle les études prospectives sont ou devraient donc être un élément important dans la formulation des politiques d’aménagement du territoire[18].

2.1.2. Aménager le Sahel, c’est gérer le changement pour un meilleur futur

Pour tirer parti des opportunités du territoire sahélien, comme pour en minimiser les risques (insécurité, pauvreté de masse, détérioration de l’environnement….) les décideurs et acteurs en  matière d’aménagement se doivent d’aider le Sahel a se changer car au Sahel le présent n’a pas de futur.

Ainsi, pour assurer une gestion durable de terres et des ressources naturelles, une évolution des législations et des pratiques sera une nécessité absolue dans la plupart des pays sahéliens. De l’avis de nombreux analystes et activistes  du Sahel, le système de gestion centralisé du foncier et des ressources naturelles hérité de la colonisation doit faire de plus en plus place à des mécanismes de gestion concertée et décentralisée.

Le changement correspond ainsi à un processus qui doit être engagé pour produire une transformation voulue, en vue de satisfaire à des besoins identifiés (sociaux, économiques, culturels, de sécurité, etc.), en tenant compte de l’environnement interne et externe, actuel et prévisible.

2.1.3. Aménager le Sahel c’est le rendre attractif

L’attractivité territoriale  peut être entendue comme une propriété particulière du territoire qui lui confère une plus ou moins grande capacité « à attirer et/ou à retenir les activités, les entreprises et les populations[19] ».L’objectif central de l’aménagement du territoire au Sahel devrait ainsi consister à rendre la région attractive non seulement par rapport à l’exploitation de ses ressources naturelles (notamment minières) mais aussi par rapport à son immense potentiel touristique. De ce point de vue, il importe que la zone soit pacifiée, sécurisée ; que des infrastructures appropriées puissent y être installées et que les populations puissent vivre dans des conditions suffisamment stabilisées pour être à même de développer l’artisanat et d’exploiter des opportunités économiques grandissantes, de reproduire et de faire évoluer leurs activités culturelles traditionnelles.

2.2. Les défis stratégiques.

En reprenant notre paradigme du territoire comme contraction de la terre et des histoires ,et en se référant aux analyses les plus récentes produites sur le Sahel, trois défis majeurs peuvent être identifies ,que John Igue  aborde comme étant des manifestations de ce qu’il appelle la fragmentation[20].Cette fragmentation touche les espaces politiques, la conscience historique, et les savoirs.

2.2.1. La fragmentation des espaces politiques : Dans l’espace sahélien on peut distinguer trois catégories de pays selon leurs superficies et leurs populations :

−        les plus petits Etats, difficilement aménageables tellement les contraintes de superficie et de population hypothèquent les chances d’un développement endogène : C’est le cas du Cap-Vert, de la  Gambie ; de la Guinée-Bissau; de la Sierra Leone; du Togo,; du Liberia; du Bénin,

  • les Etats intermédiaires, dont certains sont bien dotés en ressources naturelles, mais qui souffrent cruellement de leur faible marché de consommation : Ghana, Guinée, Sénégal,  Burkina Faso, Côte d’Ivoire,
  • les grands espaces de manœuvre largement dominés par le désert du Sahara, improductifs le plus souvent à l’exception du Nigeria; ailleurs, la partie utile est encore moins étendue que la superficie des Etats intermédiaires : Mauritanie, Mali, Niger appartiennent a cette catégorie..,

 

Cette différenciation géographique est d’autant plus critique que les plus petits Etats sont les plus nombreux : 7 sur 16. Elle l’est aussi parce que rares sont ces Etats qui correspondent à de véritables entités historiques homogènes. Hormis le Cap-Vert, tous les autres sont constitués d’une multitude de groupes socioculturels, dont la majorité se trouve partagée par plusieurs frontières, tels par exemple les Peuls, les Haoussas, les Yorubas, les Akans et les Mandingues.

Cette fragmentation entraîne trois types de problèmes qui gênent la bonne maîtrise des conditions actuelles du développement : l’enclavement, les frontières trop longues et mal définies, et le sous-développement des infrastructures de base. Mais l’aspect le plus négatif de cette fragmentation réside plutôt dans la désorganisation territoriale qui en résulte, marquée par la crise de l’Etat comme entité spatiale ; une mobilité complexe et exacerbée ; des espaces lacunaires et striés ; une différenciation spatiale croissante à l’intérieur d’un même territoire.

Cette différenciation spatiale, qui va croissant, peut être appréciée de plusieurs manières :

  • les espaces d’extraversion qui se constituent autour des pôles d’une économie dite moderne : pôles de modernisation rurale ou d’exploitation minière dont le dynamisme et la prospérité sont fondés sur une relation privilégiée avec l’extérieur ;
  • les espaces urbains qui sont parfois des créations ex nihilo a partir d’un port, d’un pôle administratif ou d’une exploitation minière ;
  • les espaces d’échanges qui se structurent davantage autour des flux commerciaux importants portant parfois sur de longues distances.

Ces différents espaces renforcent l’éclatement territorial à partir d’intérêts divergents avec pour conséquence l’absence de véritables pôles autour desquels pourrait se structurer l’espace national. C’est cet éclatement territorial qui donne une certaine ampleur aux différentes formes de réseaux et de flux migratoires, et dont la meilleure manière d’y faire face correctement réside dans de nouvelles approches de l’aménagement du territoire.

2.2.2. La fragmentation de la conscience historique :

S’il y a une unité sahélienne du  point de vue géo-climatique, il n’en va pas de même pour la conscience historique de cette région ;sous ce rapport il y a bien une conscience sahélo-saharienne et une conscience sahélo-soudanienne .Cela peut s’expliquer, au-delà de la géographie, par les modalités d’accession a l’indépendance des pays du Maghreb et des pays sahéliens qui n’ont pas été les mêmes .Leurs rapports avec les pays européens d’aujourd’hui ne sont pas non plus les mêmes :les pays du Maghreb négocient  des alliances plutôt avec les pays du bassin méditerranéen.. L’Afrique subsaharienne, par contre, hésite encore  à signer un accord de partenariat avec l’Union européenne et cherche davantage à développer ses relations avec la Chine et l’Inde d’un côté et avec l’Amérique latine de l’autre.

Cette fragmentation historique ne facilite pas une prise de conscience unanime des problèmes à résoudre, à tel point que les pays les plus nationalistes, (Algérie, Nigeria, Maroc dans une certaine mesure, Libye) considèrent les pays francophones comme trop dépendants de la France.

Sur cet arrière-plan viennent se greffer des  divergences idéologiques entre les dirigeants africains .Celles –ci ont été particulièrement prononcées durant l’affrontement Est-Ouest, autour des idéologies libérales et marxistes. La fin du communisme en a sensiblement limité la portée, sans toutefois la supprimer. Elles se manifestent actuellement de deux manières : la guerre pour le leadership, tant dans la zone qu’auprès des puissances colonisatrices, et la question de la démocratie et de la nature des régimes civils ou militaires.

2.2.3. La fragmentation des savoirs : La fragmentation des savoirs se rapporte, d’un côté, à l’antagonisme entre les acquis endogènes et les savoirs hérités de l’école coloniale et, de l’autre, à l’impact respectif des religions (notamment le christianisme, l’islam et l’animisme) sur les valeurs idéologiques du développement. Ces différentes formes de fragmentation ont entraîné de fortes divergences idéologiques et un manque d’enracinement culturel.

Cette difficulté idéologique entraîne des divergences profondes quant a la perception au rôle de la culture dans le processus de développement des pays.

2.3. Un outil au service de l’aménagement : une étude prospective.

On a indiqué plus haut les liens entre aménagement et prospective pour souligner combien un regard prospectif peut être éclairant, voire indispensable, pour qui se soucie d’aménagement du territoire. On a également indique qu’il existe de nombreuses prospectives nationales qui peuvent être fort utiles mais pas de prospective régionale récente. Il se pose donc d‘emblée la question de savoir si une nouvelle réflexion prospective régionale au Sahel ne devrait pas être une priorité pour las décideurs en matière d’aménagement du territoire.

Cette question mérite d’être posée car la région est confrontée à une série d’urgences et beaucoup sont enclins à penser qu’une réflexion prospective relève du luxe. De plus, il existe déjà un grand nombre de travaux prospectifs dans la région. Il est donc légitime de se poser la question de la valeur ajoutée de la conduite d’une nouvelle étude prospective régionale. Après consultations de multiples acteurs à travers la région sahélienne, le PNUD était parvenu à la conclusion qu’une nouvelle réflexion prospective est non seulement pertinente mais elle est indispensable à ce stade de l’Histoire. Selon cette agence,  plusieurs raisons militent en faveur d’une réflexion prospective sur le Sahel. Tout d’abord, s’il existe beaucoup d’études nationales prospectives dans le Sahel, il n’y a pas eu de réelle étude prospective de dimension régionale depuis la fin des années 1980[21].

Ensuite, le Sahel fait aujourd’hui l’objet de nombreuses stratégies régionales : au moins dix ont été élaborées par des organisations multilatérales et cinq par des acteurs bilatéraux. Il y a donc un véritable foisonnement de stratégies dont la cohérence et la coordination sont loin d’être établies. Ces stratégies sont, dans leur grande majorité, « réactives »,  élaborées qu’elles ont été, pour l’essentiel, en réponse à la crise malienne de 2012. De plus elles souffrent généralement d’une triple limite : elles sont à la fois non globales ou parcellaires, peu participatives et davantage normatives que faisant l’objet de réflexion prospectives ouvertes sur l’avenir de la région.  Dans ce contexte, il est important que les communautés et les gouvernements sahéliens et leurs partenaires s’interrogent sur leur identité propre, les avenirs possibles et souhaités et les moyens d’y parvenir. Enfin, certaines dynamiques internationales sont en cours, telles que la mise en œuvre des ODD des Nations Unies et de l’agenda 2063 de l’Union Africaine ; deux  dynamiques qui constituent des opportunités pour le Sahel à condition que les interventions envisagées soient éclairées par une analyse prospective. Par ailleurs, un certain nombre d’Etats sahéliens se sont engagés dans l’élaboration de plans d’émergence aux horizons temporels divers.

Pour que les pays sahéliens bénéficient pleinement de ces dynamiques internationales et nationales, une étude prospective régionale sur le Sahel paraît essentielle afin d’articuler de façon cohérente les dynamiques internes et externes, et éclairer la planification et la gestion du développement.

2.3.1. Quels objectifs assigner à la réflexion prospective ?

Si une nouvelle réflexion prospective sur le Sahel est pertinente, quels objectifs peut-on attendre d’un tel exercice ? Ils sont au moins au nombre de trois.

Le premier objectif d’une réflexion prospective doit  être d’explorer le champ des avenirs possibles. En ce sens l’étude prospective permettra d’apporter un éclairage sur les futurs possibles de la région. De plus, elle mettra à disposition de tous ceux qui voudront entreprendre une réflexion prospective concernant un pays du Sahel des éléments de réflexion qui les aideront dans leurs démarches. Pour explorer le champ des avenirs possibles, il est nécessaire de « voir loin, voir large et analyser en profondeur ».

 

Le second objectif est d’arriver à se que se forge au sein des communautés sahéliennes et des gouvernements une vision partagée de l’avenir. Cette ambition est d’autant plus justifiée que l’exemple des pays qui ont réussi leur émergence économique montre qu’un facteur décisif y aura été la formulation par les acteurs nationaux et régionaux d’une vision partagée de l’avenir, vision que sont venues matérialiser par la suite des stratégies et des politiques claires. Il faut, pour ce faire, approcher la prospective non comme un exercice à confier à des équipes extérieures mais comme une réflexion des communautés elles-mêmes sur leur passé, leur présent et leur avenir. Le défi sera donc de mener une prospective qui ne soit pas exogène mais menée par les Sahéliens eux-mêmes. A cet égard, la question du dispositif institutionnel à mettre en place sera essentielle.

 

Enfin, le troisième objectif sera d’articuler prospective, planification et gestion du développement. Ainsi, à  partir des enjeux  et défis des problématiques d’aménagement dans ce vaste espace sahélo-sahélien,  il s’agira d’identifier les conditions et perspectives pour faire de ce territoire un espace économiquement intégré, socialement prospère, fort de ses richesses culturelles où la paix et la sécurité seraient garanties.

Il faudra, en d’autres termes, se poser, d’entrée de jeu, la question de l’opérationnalisation de la vision de long terme qui émergera de la réflexion prospective. Le pari est loin d’être gagné d’avance ;en effet si la volonté de faire de la réflexion prospective la base d’une planification stratégique a été présente dans toutes les études de perspectives à long terme conduites dans les différents pays de la région sahélienne, force est de reconnaitre que, si les études se sont avérées d’une grande utilité pour élaborer les cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté ou plus récemment pour préparer les plans d’émergence, l’opérationnalisation de ces études reste leur principal « talon d’Achille ». L’étude envisagée doit venir combler, en partie au moins, ce déficit.

  1. Eléments de stratégie

3.1. Des politiques d’infrastructure hardies

La question des infrastructures soulevé généralement des passions car elle a des dimensions économiques, politiques, sociales, environnementales, technologiques et culturelles. Elle a même des relents philosophiques.

Quelques analystes ne peuvent s’empêcher d’y voir l’expression d’une certaine vanité bien humaine. Tout comme la construction par un homme de sa propre résidence est un signe de réussite dans une société patriarcale, les souverains auraient tendance a vouloir marquer leur passage – règne ou  magistère- par des grands travaux, pharaoniques .Ce faisant ils expriment « le dur désir de durer » qu’évoque le poète Eluard. Ce désir serait d’autant plus fort que l’homme a peur du temps – qu’il associe a la mort – et qu’il cherche par tous les moyens a en triompher. Le rapport au temps expliquerait ce qui est perçu comme le rapport obsessionnel aux infrastructures physiques monumentales qui se sont souvent avérées en Afrique être des éléphants blancs.

D’autres soulignent que la prétendue obsession pour les infrastructures ne serait rien d’autre que la reconnaissance du fait que l’infrastructure a à voir avec la notion d’espace, et plus particulièrement de « frontière » qui est un des paradigmes majeurs de notre monde .Ecoutons Mahamadou DIAGOURAGA, ex-Commissaire au Nord du Mali : « …de la case a la maison, des obstacles naturels aux ouvrages fortifies, de la ligne imaginaire aux fils de fer électrifiées, du contrôle visuel a la surveillance électronique, tout a été conçu et réalisé par l’homme pour s’approprier un espace, le distinguer et le séparer de celui de l’autre. Une distinction et une séparation qui ont été, pour les mêmes motifs et les mêmes besoins, sources de terribles conflits que les hommes s’empressent toujours de résoudre et de prévenir pour mieux cohabiter »[22]. Ce qu’il est important de retenir dans cette citation, c’est l’idée que l’infrastructure est pour l’homme un moyen de délimiter son territoire, de se l’approprier .Une telle délimitation/appropriation est au demeurant, dans bien des cas, synonyme d’exclusion.

Au-delà de ces rapports complexes au temps et a l’espace, la prégnance des infrastructures trouve peut-être son explication dans l’idée que le développement se mesure a des aunes visibles, que ce qui est visible est l’aune a laquelle se mesure ou doit se mesurer le développement car ce qui est visible, tangible, est la preuve irréfutable, ce qui ne peut être nie.

Quoi qu’il puisse en être en dernière analyse, le fait demeure que  les infrastructures sont un élément essentiel de toute politique d’aménagement du territoire. C’est ainsi que, transcendant les divergences idéologiques, la construction d’infrastructures physiques a été considérée comme prioritaire dans les pays africains immédiatement après l’indépendance .Dans l’euphorie d’alors -c’était encore la période des Trente Glorieuses et l’aide était abondante- les infrastructures ont été associées a la modernité et au développement. Les experts occidentaux en grand nombre se faisaient fort de souligner, pour que nul n’en ignore, que la reconstruction des infrastructures avait été aussi une priorité des pays européens a la sortie de la guerre, tant ceux de l’Est que ceux de l’Ouest. Du reste la BIRD, née sur les cendres de la guerre, s’était illustrée d’abord dans ce domaine des infrastructures car ce qu’il fallait d’abord reconstruire –et la reconstruction était explicite dans le mandat de la BIRD- c’était d’abord les infrastructures.

Cette position ne manquait sans doute pas de justification aux premières heures des indépendances africaines. A cette époque, les infrastructures étaient des plus rares dans la majorité des pays africains. Les routes bitumées ne dépassaient pas la dizaine de kilomètres dans bien des pays ; elles ne dépassaient pas les axes qu’empruntait l’autorité coloniale dans la capitale ;les pistes étaient la règle et elles disparaissaient  dès  qu’on sortait de ce que l’on appelait les parties utiles des territoires, c’est-à-dire celles-là qui contenaient des produits nécessaires au fonctionnement de l’économie métropolitaine. Ces pistes dites d’ailleurs de production aboutissaient toutes à la ville ou au comptoir colonial  dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire qui n’était rien d’autre qu’une politique d’organisation du drainage.

L’idée d’investir massivement dans les infrastructures avait en fait commence à être développée avant les indépendances par l’administration pour les colonies françaises ; on se souviendra que le FIDES avait été mis sur pied précisément a cette fin. A l’indépendance cette administration coloniale se muera en administration de la coopération avec les anciennes colonies et continuera simplement le même discours .Ce discours retiendra l’attention des nationalistes africains arrives au pouvoir ou a qui on donne le pouvoir. Eu égard au criant sous- équipement des pays, les nationalistes africains qui tinrent  les rênes de leurs pays accordèrent une grande place dans leur discours et dans leurs plans aux infrastructures. Pour eux la victoire sur le sous-développement devait passer par la réalisation d’infrastructures. Cette idée que le développement est un vaste chantier vient conforter celle selon laquelle  les  infrastructures sont un raccourci pour le développement, ou un point de passage oblige. Cette idée rencontrera un écho d’autant plus favorable auprès de ces nationalistes que les aides au secteur des infrastructures sont particulièrement élevées. Aide en capital mais aussi aide en assistance technique.

Ce discours des anciennes administrations coloniales reconverties en officines de coopération va rencontrer un écho favorable et bien compréhensible auprès du secteur prive de ces métropoles coloniales qui adopteront sans ciller le fameux slogan selon lequel « quand le BTP va, tout va ». Ainsi les grandes entreprises françaises, anglaise…vont concevoir et/ou réaliser, souvent en surfacturant et en enrichissant une élite locale, « des éléphants blancs ». Qui appauvriront par la suite les pays ou, a tout le moins, viendront renforcer la dépendance, en raison, entre autres, des charges récurrentes qu’ils induisaient.

Que plus d’un demi-siècle après les indépendances, les infrastructures restent une priorité, que le programme Omega élabore en 2000 par Wade et qui sera fusionne plus tard avec le programme de Mbeki pour donner le Népal ait été essentiellement un programme d’infrastructures, que la BAD fasse aussi des infrastructures l’essentiel de son portefeuille [23]en dit long sur la prégnance des infrastructures. C’est cette prégnance que révèlent  aussi les références qui y sont faites dans les travaux menés sur l’innovation par les NU[24]

Cette importance accordée aux infrastructures doit être maintenue pour les pays du Sahel car le Sahel est, de toute évidence, largement sous-équipé en infrastructures, quels que soient la nature, le domaine ou le secteur considère.

Il faut toutefois se garder  de l’idée que les infrastructures, a elles seules, suffiront à impulser le développement .Cette idée était déjà battue en brèche dès le début du 20eme siècle, et elle l’est encore davantage aujourd’hui.

En effet, en cette ère ou l’économie mondiale est dominée par le  software, à l’ère de  la dématérialisation de l’économie qui consacre, dans la production comme dans les échanges commerciaux, l’importance de l’immatériel, cette idée que le legs doit d’abord être physique  que le patrimoine est d’abord matériel, que l’actif visible et matériel est le plus sur des actifs, une telle idée ne devrait plus avoir cours. Bill Gates ne prouve-t-il pas  à suffisance qu’on peut n’avoir comme actif industriel que de l’immatériel -en l’occurrence de la matière grise pour générer, stocker et traiter de l’information- et se hisser pourtant au premier rang des détenteurs de richesse ?

Cette précision étant faite, deux secteurs doivent recevoir une attention particulière pour des raisons démo-économiques mais aussi politiques et sociales : il s’agit de l’aménagement urbain, d’une part, de la protection de l’environnement du Sahel, d’autre part.

3.2. L’aménagement urbain au Sahel.

C’est dans un passé colonial récent que se trouve l’origine des capitales sahéliennes d’aujourd’hui. C’est  le système de domination coloniale mis en place après le Congrès de Berlin (1884-1885) qui  a informé et marqué de façon durable, voire indélébile, le visage de ces capitales. Les Missionnaires, Militaires et Marchands qui jouèrent un rôle de premier plan dans la conquête coloniale furent dans une certaine mesure, avec les administrateurs coloniaux, les précurseurs du développement urbain. Il se trouve que la structure urbaine qu’ils ont mise en place n’était pas conçue a des fins de développement mais plutot pour favoriser le contrôle et l’exploitation des colonies dans le cadre d’une « économie politique du drainage ». De cette tare, les capitales sahéliennes ne se sont pas encore totalement guéries Sur cet arrière-plan historique, trois tendances majeures se dégagent avec une certaine netteté :

a)L’ampleur et la vitesse de l’urbanisation au Sahel ont non seulement changé le visage de cette région  continent mais ont des effets durables, qui, dès à présent, engagent son avenir. Alors que la région était essentiellement encore rurale il y a encore quelques années à peine, l’urbanisation y a connu un coup d’accélérateur depuis la fin de la 2ème Guerre Mondiale  tant et si bien que tout le monde s’accorde à dire que plus de la moitié des Sahéliens vivront dans des agglomérations urbaines dès 2050 avec de très lourdes  implications en matière de besoins à satisfaire dans les domaines de énergie, de l’alimentation, santé … Pour y répondre, il n’y aura pas d’autre solution pour la région que de tirer parti de toutes les potentialités dont  l’urbanisation est porteuse mais aussi de réduire les risques dont elle est grosse, de  relever les défis qui sont associés à une urbanisation non maitrisée.

  1. b) La seconde tendance lourde à signaler tient à la macrocéphalie des villes: « Un Sénégalais sur deux est urbain et un urbain sur deux est Dakarois ».Cette observation faite pour Dakar vaut certainement pour les autres capitales sahéliennes. Les capitales sahéliennes sont devenues hypertrophiques par rapport aux autres villes de leur territoire, créant une sorte de désert humain autour d’elles.

c)En rapport avec le point précédent, l’on doit signaler, au chapitre des tendances lourdes, le poids  du pouvoir exécutif central dans la gouvernance urbaine. Dans tous les pays de la région, la décentralisation se heurte à de multiples obstacles. Les mesures prises çà et là s’apparentent davantage à une politique de déconcentration qu’à une véritable décentralisation. La centralisation, voire l’hypercentralisation continue d’être en vigueur; elle est tout à fait en cohérence avec la nature autoritaire des régimes en place dans les pays et le biais pour un exécutif fort caractéristique du présidentialisme exacerbé qui semble être la marque de fabrique des constitutions sahéliennes, voire africaines.

Contrastant fortement avec ces tendances lourdes, apparaissent dans le paysage urbain des germes de changement, susceptibles d’infléchir à terme les tendances lourdes. Parmi eux, l’on citera :

a)-l’émergence de cultures urbaines  et d’une certaine « Afropolitanité» [25] qui ne manque pas d’ambiguïté. Si l’Afrique de Samba Diallo[26] était ambiguë, tiraillée entre tradition et modernité,  celle des Afropolitains ne l’est pas moins.

b)-l’intérêt croissant des autorités locales pour une plus grande responsabilisation et l’insistance sur une gestion participative, malgré toutes les ambiguïtés qui s’attachent à la notion

c)-le poids grandissant de la société civile dans la gouvernance urbaine

d)-la verticalisation et la densification au plan spatial .Jusqu’à une date récente, l’expansion horizontale semblait être la règle. L’exemple de Dakar est édifiant, a cet égard. La métropole sénégalaise a changé de visage en s’étalant  vers l’est, en intégrant à la ville ses dernières interstices notamment les zones non-aedificandi, difficiles à aménager. La ville s’est e densifiée aussi. Dakar a aujourd’hui une  densité de 4 646 habitants au km2. En 2015, la région urbaine compte 3 330692habitants sur une superficie représentant 0,3% seulement de celle du pays. Mais dans le même temps, la ville se verticalise portée par une croissance urbaine qui ne faiblit pas et qui accentue son hypertrophie et la macrocéphalie de l’armature urbaine sénégalaise marquée par le déséquilibre entre l’Ouest et l’intérieur du pays.

e)-L’aménagement planifié de nouveaux quartiers est aussi un germe de changements.

Sur cette urbanisation dont on a évoqué brièvement certains traits majeurs, une certaine  doxa s’ est constituée, qui consiste à penser que l’urbanisation ,en plus d’être une tendance lourde est une belle opportunité en ce que  l’urbanisation rapide offre une opportunité sans précédent pour accélérer la transformation de la région  et des capacités pour  répondre aux défis du développement . Et, les tenants de la thèse ne manquent pas de trouver dans l’expérience des pays émergents des raisons de le croire. En effet, « il est prouvé  à travers le monde que lier le développement économique au développement urbain peut générer des interactions positives ou «retombées» qui améliorent le bien-être et la production économique. Aucun des pays émergents d’Asie ne pouvait réaliser une industrialisation et une croissance fortes sans construire des villes efficaces et compétitives; des villes qui sont devenues des nœuds importants d’innovation, d’information, d’échange de connaissances et de production économique, fortement liés aux chaînes de valeur mondiales »[27]. Mais si l’urbanisation est associée à des opportunités, elle est aussi vue comme un formidable défi. On signalera que l’accord est total entre afro-optimistes et afro-pessimistes sur ce point. Des auteurs aussi différents et représentatifs de ces courants que le sont Jean Michel Severino et Dambiso Moyo arrivent aux mêmes conclusions en analysant l’urbanisation[28]Enfin, on notera une incertitude majeure à prendre en considération pour qui s’intéresse à l’avenir des villes: c’est celle de savoir s’il y aura ou non  corrélation entre le développement urbain et le développement économique, comme ce fut le cas ailleurs.

De la réponse que l’on donnera à cette question  dépendront les scenarii envisageables pour les capitales sahéliennes. Dans la meilleure des hypothèses, l’on devrait assister a une transformation des villes sahéliennes et une transition vers un développement durable.

Il n’est pas possible dans le cadre de ce papier introductif de développer ce scenario, qui pourrait, au demeurant, se nourrir de nombre de travaux de qualité produits par des Sahéliens et des non Sahéliens. Mais de ces travaux, l’on peut retenir que dans ce scénario, un cercle vertueux se formerait  entre des préoccupations politiques, économiques, sociales et écologiques.

L’on peut retenir également que les facteurs les plus critiques à prendre en considération peuvent se résumer en un triple défi: repenser la ville  d’une part, dialoguer sur la ville d’autre part et, enfin, agir sur la ville ou, mieux, inventer la ville.

  1. Repenser la ville

Nombre de  concepts convoqués dans les études urbaines demandent à être repensés en raison des spécificités de l’urbanisation africaine. Il en est ainsi de :

a)Notion de ville : Une ville est un assemblage, une interconnexion de plusieurs systèmes économiques, sociaux, politiques, environnementaux, culturels et technologiques, un assemblage d’assemblages, pour reprendre l’expression de  P.Harrison,  dont la définition nous parait mériter d’être retenue. La ville, écrit- il, en s’appuyant sur une définition composite qu’il emprunte à plusieurs théoriciens de l’urbanisme est « Une interconnexion de multiples assemblages partiellement localisés et composés d’éléments hétérogènes aux liens communs, parmi lesquels on retrouve des objets, des systèmes naturels, des patrimoines historiques, des espaces, des symboles, des institutions, des réseaux sociotechniques, des communautés hybrides et bien plus encore  [29]»Cette définition nous paraît tout a fait pertinente pour les villes sahéliennes .

Repenser la ville, c’est aussi peut-être, de façon plus large, s’interroger sur le sens de l’économie. La conception de l’économie qui a donné naissance à la ville et a présidé à son développement est aujourd’hui largement remise en cause car s’il est vrai que la ville généré des richesses, il est vrai également qu’elle génère de la pauvreté et de l’exclusion et toutes sortes d’externalités négatives. L’ail et l’encens[30]. Et cette conception de l’économie dans laquelle s’insère la ville est remise en cause tant dans les pays industrialisés que dans les pays du Sud.

  1. b) Notion d’informalité:

Que signifie-t-elle, lorsqu’elle n’est plus un phénomène marginal, interstitiel mais désigne le mode de production et les institutions de  la majorité d’une population ? Que signifie-t-elle lorsque c’est elle qui structure l’espace urbain d’une certaine manière ? Ne relève-t-elle pas davantage de la créativité langagière des tenants du pouvoir, consistant à définir une réalité par ce qu’elle n’est pas plutôt qu’à délimiter les contours de cette réalité ?

c)Notions de centre et périphérie et celle, composée, de ville périphérique,. Ont-elles encore un sens lorsque, comme dans beaucoup de villes sahéliennes, la périphérie gagne le centre ou que le centre s’étend à la périphérie au point de l’absorber ? Lorsque l’urbanisation serait plus justement appelle « rurbanisation » pour emprunter a un urbaniste malien  un terme particulièrement approprie.

L’on retiendra également des nombreux  travaux sur les villes sahéliennes/africaines l’inanité des anciens paradigmes qui opposaient villes et campagnes et la nécessité de penser en termes de territoires. Le Sahel est encore largement rural et le monde rural continue même de se peupler. Mais le Sahel  s’est urbanisée et sera urbain en majorité en 2063 pour prendre l’horizon temporel de l’UA. Des lors, et dès à présent, l’opposition rural-urbain qui faisait partie de la littérature du développement n’a plus de raison d’être car, dans une grande partie de l’Afrique, et dans le Sahel en particulier, a l’exception des zones de nomadisation, il n’y a plus de villages qui soient distants de plus de 50 kilomètres d’une ville de 50000 habitants[31].

  1. Dialoguer sur la ville.

La nécessité de repenser la gouvernance urbaine est largement mise en exergue dans la plupart des travaux. Une  gouvernance urbaine  inclusive et démocratique est présentée par tous les auteurs comme un impératif. Pour qu’elle voie le jour, il faut instaurer le dialogue comme modalité privilégiée. Ce dialogue est d’autant plus nécessaire que la ville est un creuset où nombre de groupes sociaux, ethniques, raciaux se brassent mais c’est aussi un lieu où les acteurs et les parties prenantes qui sont légion agissent selon des rationalités en recomposition constante.

Sans vouloir en établir une liste exhaustive, ces parties prenantes comprennent, à tout le moins :

  • les autorités municipales: leur rôle est essentiel mais leurs moyens politiques, financiers et humains sont en deçà de ceux qu’ils devraient être. Dans les mots de l’un d’entre eux, on s’attend à ce qu’ils réalisent des travaux pharaoniques avec des moyens lilliputiens
  • les gouvernements : la planification à long terme est leur domaine et elle s’impose sur des questions cruciales comme l’énergie, les ressources en eau, les infrastructures de transport….
  • Le secteur privé: son rôle est essentiel pour impulser le développement urbain et créer des richesses de façon durable. Mais la corrélation entre croissance urbaine et économique n’a rien d’automatique ni ne relève d’une mécanique nécessairement vertueuse: si le développement urbain est maitrisé, il devient un levier qui sert et nourrit celui de l’économie; mais s’il reste incontrôlé, il devient un frein à une croissance économique durable. Un engagement soutenu avec le secteur privé et les salariés sera essential pour identifier des opportunités économiques pour la ville et pour développer et mettre en œuvre des stratégies  d’impulsion et de soutien d’une croissance économique riche en emploi, inclusive et durable. 
  • Le secteur informel ou, d’un terme moins péjoratif, les acteurs de l’économie populaire ne sauraient être laissés de côté tant en raison de leur contribution directe à l’économie que dans le rôle qu’ils jouent pour satisfaire les besoins des ménages les plus pauvres qui ne le seraient pas autrement.

Trouver des plateformes qui permettent le dialogue, et un dialogue systématique, entre ces parties prenantes est essentiel si l’on veut extirper de la ville la violence qui remonte à ses origines coloniales et à son mode de gouvernance autoritaire et démocratiser les relations entre les multiples acteurs du champ urbain, ou mieux encore, reconstruire la ville à partir de ses habitants.

Toutefois, il faut se poser la question de savoir sur quoi dialoguer, sur quoi doit porter le dialogue.

Bien entendu, les problèmes et défis immédiats doivent trouver leur place dans ce dialogue mais il est tout aussi important de dialoguer sur les problèmes et défis de long terme, sur la vision de long terme qui doit inspirer les politiques à court et moyen terme. Or, force est de reconnaitre que sur ce point, il y a un déficit criard de dialogue. Les plans de long terme ne manquent pas mais ils ont été élaborés de manière technocratique et sans participation véritable de tous les acteurs concernés par l’aménagement urbain. Or,  tout comme la guerre est une chose beaucoup trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires, l’urbanisation est une chose beaucoup trop complexe pour être laissée aux seuls urbanistes, surtout lorsque de surcroit ils sont étrangers.

3.3. La protection de l’environnement

Le projet le plus ambitieux en la matière est sans conteste celui de la Grande Muraille Verte dont il a été proposé qu’il soit discuté au Forum de Bamako au  motif que rares sont les évènements, en dehors des grandes rencontres internationales aux enjeux plus généraux, qui sont dédiés à la GMV  et plus rares encore ceux ou ceux qui permettraient d’aborder ce sujet dans une logique « multi-stakehoders ». Les promoteurs de ce projet qui est au départ né pour contrer une dégradation sociale, économique, écologique, sont d’avis qu’il offre  « une opportunité de redéploiement et de relance du Sahel, permettant d’y implanter des solutions et des technologies qui n’ont jamais été observées ailleurs ».A les en croire, une discussion au Forum permettrait :

  • de parler des solutions innombrables et remarquables qui existent en matière de reforestation, d’agroforesterie, d’agro-pastoralisme, etc. à travers toute l’Afrique.
  • de permettre aux différents acteurs du monde de l’agronomie, de l’urbanisme, de la recherche climatique de se rencontrer
  • de même en ce qui concerne les acteurs institutionnels impliqués : représentant gouvernementaux, élu locaux, agences dédiées, etc.
  • de faire venir les acteurs de l’innovation de rupture dans le domaine de l’agro-écologie, de la concertation sociale, des solutions numériques pour le monde rural, etc.

 

3.4. Projet d’écodéveloppement et d’intégration du Sahel.

Un projet de Co-développement et d’intégration du Sahel a été présente par Jean-Louis Guigou le 23 février 2016, Président IPEMED. Il s’agit selon lui de penser l’articulation entre l’Europe, le « Sahara – Sahel » et les autres espaces africains pour construire un avenir commun

L’idée  de   base est que le Sahel ne peut pas rester une zone de guerre et un foyer de terrorisme, pas plus qu’une frontière entre le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne.
 Il a vocation plutôt à être, plutôt qu’un espace « vide », un territoire de transit qui exerce une fonction d’interconnexion.

Parce que l’intervention militaire étrangère ne peut constituer une solution de long terme, le retour de la paix dans le Sahel doit allier politiques de développement et de sécurité .Il faut donc envisager, dès maintenant, une solution économique et politique. Pour cela, il faut proposer aux pays directement concernés une stratégie macro-régionale qui valorise la nature transnationale du Sahel et sa fonction de transit. Les zones franches transfrontalières et les pôles régionaux de croissance économique devraient recevoir une certaine attention dans ce cadre.

Pour cela, deux outils pourraient être développés :

Un Plan d’Aménagement du Territoire du Sahel (PATS) qui prendrait la forme d’un plan ambitieux de développement (infrastructures, agriculture, emploi, etc.) pour mailler le territoire et assurer la croissance des espaces enclavés dans le cadre d’une stratégie d’intégration économique et politique ouverte sur le monde. Les routes qui relient le nord de l’Afrique à l’Afrique subsaharienne, pourraient constituer les fondations d’un futur Plan d’Aménagement du Territoire du Sahel : d’une part, parce que les pistes sahariennes pourraient être transformées en routes, autoroutes ou complétées par des infrastructures ferroviaires qui mailleraient le territoire ; d’autre part, parce que ces connexions physiques transformeront les villes et les oasis en pôles de développement.

Il  s‘agirait de faire du Sahel une zone d’échange et non pas une fracture.

Une gestion collective de ce Plan d’aménagement qui amorcerait l’intégration régionale de la zone sahélienne. Ce plan d’aménagement, pensé sur le long terme, pourrait être financé en grande partie par les institutions internationales (BAD, Commission Européenne, Banque mondiale, etc.) mais, géré conjointement par l’ensemble des pays concernés, avec la coopération des pays transfrontaliers.

Il s’agit donc d’un projet ambitieux ne serait-ce que du fait de la taille des Etats concernes[32]

Ce projet aurait l’avantage additionnel de régler deux problèmes essentiels du Sahel:

  • Insécurité et trafics transfrontaliers
  • Problématique des migrations et de la mobilité

Les modalités de gestion de cette initiative proposées par son promoteur consisteraient a

-Confier dans une première phase à IPEMED le soin de piloter un travail de collecte de données et de prospective (favoriser des synergies entre les projets menés par chaque pays vis-à-vis de la partie du Sahel qu’ils possèdent) en faisant appel aux meilleurs experts, pour examiner la faisabilité de la mise en place d’un Plan d’Aménagement du Territoire du Sahel (PATS)

-. Une seconde phase consiste à engager une démarche politique d’influence grâce aux membres du Comité d’Orientation Politique d’IPEMED. Ce travail devra s’échelonner au moins sur trois ans.

-Tenir informées les autorités gouvernementales des pays riverains du lancement et de l’avancement des travaux.

-Conduire ce travail en toute indépendance, dans le souci de l’intérêt général.

Il va de soi que la mise en œuvre de ce projet ambitieux sera fortement  tributaire de l’étroite coopération politique des pays transfrontaliers.

3.5. Reconstruire une  citoyenneté africaine 

Bien que d’essence politique, la notion de  citoyenneté présente plusieurs facettes. Tout autant que politique, elle est  économique, sociale, culturelle, voire environnementale. Et parce qu’elle est multidimensionnelle, la citoyenneté entretient une relation très forte avec le développement qui est une autre notion multidimensionnelle. La relation entre citoyenneté et développement a, du reste, retenu l’attention de nombre de chercheurs et fait l’objet de la thèse, largement acceptée aujourd’hui  selon laquelle le développement économique soutenu requiert la formation d’entités politiques fortes mais débarrassées de tendances absolutistes[33].

A l’heure où il est question pour l’Afrique de tourner la page  du mal développement ,voire du sous-développement et de la mauvaise gouvernance qui ont marqué les dernières décennies de son histoire, a l’heure où il est question pour l’Afrique   de s’engager résolument sur la voie de l’émergence et de la renaissance, et a l’heure où il est question de le faire avec la claire reconnaissance qu’il n’existe pas de voie royale pour y arriver mais mille et un  sentiers que  l’avenir peut emprunter, il est nécessaire de revisiter la notion de citoyenneté. Mais si la question est importante, elle n’en soulève pas moins de difficiles problèmes conceptuels, analytiques et opérationnels sur lesquels il n’y a pas d’approche univoque.

Que veut dire être citoyen, citoyen africain dans le monde actuel et celui à venir ?Un vœu pieux ?Une noble ambition ?Un pari ?Un peu de tout cela ?A cette question, indissociable du reste de celle de l’identité, la réponse n’est pas aisée ;elle n’est surtout pas univoque. On retrouve sur cette question comme sur beaucoup d’autres les habituels clivages et  lignes de rupture entre Nord et Sud, entre disciplines, entre ONG et OIG, etc.

Mais au-delà de ces lignes de fracture, il est un point sur lequel un large  consensus se ferait sans doute aujourd’hui : la citoyenneté réelle et totale est encore un privilège réservé à des fractions minimes de la population. Pour les groupes défavorisés, pour les migrants économiques ou environnementaux, pour les refugies politiques, pour les cadets sociaux dans des sociétés claniques, autant dire de larges groupes sociaux, la citoyenneté  est ce qui est en creux. Quand elle n’est pas vécue sur le mode de l’absence, la citoyenneté  est vue et sentie  comme problématique. Il en découle pour les groupes concernes des attitudes de repli sur des expressions de  citoyenneté non conventionnelles ,souvent associées à des manifestations de crispation identitaire qui peuvent faire le lit, dans certaines conditions extrêmes, a une instabilité politique dont l’Afrique n’a que trop souffert. L’instabilité chronique que connaissent certains pays africains, la multiplication des  conflits armes récurrents  ont pour cause profonde, convient-on aujourd’hui, le déficit de citoyenneté.

Ce déficit a  une histoire. En effet, la citoyenneté n’était pas sur l’agenda précolonial. Les institutions absolutistes (absolutisme institutionnel) et institutions patrimoniales d’aujourd’hui ne sont pas tout à fait une nouveauté en Afrique. La démocratie et la citoyenneté dans leur acception moderne n’ont pas été le trait distinctif de l’Afrique ni d’ailleurs d’autres continents jusqu’à une date récente. Le colonialisme et les indépendances ont renforcé les tendances absolutistes des régimes et entités précoloniaux et contribue de ce fait ou fait le lit  au déclin économique.

Mais que faire face à ce constat ? Telle est, ou telle devrait être la question ! Quel avenir pour la citoyenneté ? Les avis divergent mais  une approche prospective de la citoyenneté que nous avons entreprise dans un autre cadre permet d’esquisser trois scenarios[34] .

-un scenario tendanciel : il est fait d’avancées et de reculs, d’une évolution en dents de scie. La citoyenneté pourrait faire l’objet d’une mystique alors même que sa négation serait la réalité pour beaucoup. L’unité nationale célébrée sur tous les toits pourrait se retrouver menacée, fragilisée par des facteurs endogènes et exogènes .Le continent pourrait se voir gagne par l’instabilité politique et le recul de la citoyenneté  ou un usage restrictif de la notion et une division poussée entre autochtones et allochtones et une résurgence du caractère belligène des frontières. Une trentaine de foyers potentiels de sécession sont déjà identifiés ou la vérité et la citoyenneté seraient  les premières victimes. La citoyenneté connaitrait des reculs certains, tout comme  l’intégration régionale et l’unité continentale qui font aussi l’objet d’une mystique aussi forte que celle qui s’attache à la  citoyenneté. Personne ne veut, bien entendu, d’un tel scenario! Il n’est pourtant pas impossible.

-un scenario de citoyenneté sur le modèle de la mondialisation libérale avec deux variantes : modèle pan africain global ou sous-régionalisation poussée.  Les tenants de la régionalisation ou de l’axe vertical  (Guigou et Dufourcq) les mentionnent, y font référence. En fait, dans l’esprit des tenants de cette thèse, cette citoyenneté mondialisée  passera, à tout le moins, par une abolition pure et simple des frontières héritées de la colonisation car  celle-ci a créé des territoires et des identités territoriales mais pas une citoyenneté africaine. Ils rejoignent sur ce plan les panafricanistes pour qui, si l’on veut créer une citoyenneté africaine, il faudra réactiver une perspective historique et culturelle de longue durée, celle-là qui fut au cœur de toutes les grandes luttes pour le panafricanisme et l’émancipation des Africains du continent et de la diaspora. Il faudra rompre avec le syndrome westphalien centre sur les frontières et la souveraineté des Etats. Des ruptures sont nécessaires au plan politique, économique, sociologique et culturel.

Ainsi, et pour me limiter au plan politique le défi que doit relever l’Afrique peut s’exprimer de façon métaphorique : sortir des brumes de Westphalie et des nuits de Berlin et aller au-delà d’Addis. Contre cette idée sous-jacente a Westphalie ,selon laquelle  l’Etat est détenteur de la souveraineté suprême ,quasiment sans partage du fait de ses pouvoirs régaliens, et contre l’idée que le principal rôle de l’Etat est de faire la guerre, l’ Afrique  doit adopter un autre paradigme ,à savoir  que (a)-la souveraineté doit être partagée entre le citoyen et l’Etat, entre l’Etat national et les entités régionales (b)-le développement – et non la guerre – est la première fonction à assumer par l’Etat et, pour cette raison, l’Etat doit être développementaliste.

Contre l’idée sous-jacente à Berlin, à savoir  que l’exploitation des rentes ( naturelles ) peut être véhicule de progrès ,que la « mise en valeur » peut tenir lieu de   stratégie de développement, l’Afrique doit, en pratique, mettre en œuvre des politiques de développement qui l’éloignent  du modèle rentier, la rendent plus compétitive dans le cadre d’une globalisation tirée par la science ,la technique et l’innovation

Contre l’idée, sous-jacente à Addis en 1963, selon laquelle le respect des frontières héritées de Berlin est un moyen de préserver la paix,  l’Afrique doit, dans le sillage de l’UA, s’éloigner du  dogme du respect des frontières héritées et du principe de non-interférence qui lui est accole. Elle doit prôner, a tout le moins, la  doctrine de « la non-indifférence », voire le droit d’ingérence lorsque la paix est menacée.

 

 

-un scenario de citoyenneté inscrite dans un paradigme de sécurité durable qui articulerait sécurité humaine, sécurité culturelle et régulation locale des tensions. C’est un scenario développe par Dufourcq. Dans ce scenario qui en fait vise a construire la résilience l’Afrique a un double défi à relever : réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur, d’une part ;et d’autre part passer du statut d’économies rentières, vivant donc pour l’essentiel des rentes naturelles, a des économies de compétitivité construite.

Sur le premier point, repenser l’aide est une exigence de taille. Elle a été, avec les  emprunts extérieurs, le mécanisme   privilégie du  financement du développement en Afrique. Mais « le binôme aide-endettement », a donné des résultats mitiges à la fois en termes quantitatifs et qualitatifs. La multiplicité des initiatives  lancées depuis la fin des années 80 pour trouver de nouvelles formules qui soient à même d’aider les pays africains à financer leurs programmes et projets prioritaires de développement est bien la preuve qu’on est loin de l’optimum.

Quant au second point – la construction d’économies compétitives- elle passera inéluctablement par la maitrise des sciences et techniques, et la mise en place de systèmes d’innovation performants. Une telle maitrise des STI est capitale pour l’essor futur et durable des économies africaines et la construction de la prospérité

Mais c’est un scénario qui ne déplairait pas aux post modernistes pour qui cependant il faudra sans doute aller plus loin : avancer vers une plus grande trans-nationalisation de la citoyenneté africaine pour éviter de sombrer dans un nationalisme primaire, ou  la peur de l’étranger ,ou une idéologie de l’autochtonie qui n’a plus de sens compte tenu des migrations et des liens virtuels et instantanés produits par les NTIC.  Ce scenario post moderniste ne tourne toutefois pas le dos au passée. Il le convoque au contraire, mais l’actualise, le réinterprète, en mettant en exergue le fait que l’Un se décline toujours au pluriel en Afrique, en raison  de la prévalence du polythéisme social et culturel  qui a été notre signature, selon certains auteurs.

Dans les trois scenarios, on retrouve au cœur de la citoyenneté deux déterminants majeurs : l’Etat et la société. Ces deux variables peuvent faire l’objet d’hypothèses et de combinaisons d’hypothèses différentes, autorisant ainsi plusieurs scenarios.

 

S’agissant de l’Etat, on peut se demander s’il  sera  à même de créer un cadre favorable pour le développement. La question n’est pas saugrenue car un vrai développement inclusif remettrait forcement en cause les équilibres, ou plutôt les asymétries actuelles, et susciterait forcement des réactions de résistance, sinon de franche opposition, de la part de ceux dont les intérêts immédiats pourraient se trouver menacées. Or   que valent les princes qui nous gouvernent devant certains intérêts privées qui sont plus puissants au plan économique que certains Etats, et non des moindres ? Beaucoup d’Etats ne sont-ils pas trop faibles pour résister au rouleau compresseur des puissants de ce monde, donnant raison à ceux  qui parlent d’Etat nain ? Que de fois n’a-t-on vu dans des situations de conflits la main censée être invisible du grand capital se manifester sans pudeur aucune? Est-ce tout à fait un hasard si la carte des conflits se superpose bien souvent à la carte des ressources qui sont d’un intérêt stratégique pour des transnationales ? Cette superposabilite est-elle simple coïncidence et relève-t-elle du pur hasard ?

Et, si on oublie un moment les interventions extérieures pour prêter une plus grande attention aux dynamiques internes, peut-on manquer de s’interroger sur la capacité à gérer les relations avec les autorités locales et la gouvernance hybride que l’on observe ? La question épineuse de la décentralisation s’invite forcement dans le débat, et avec elle celle des rapports entre l’Etat et les autorités traditionnelles et religieuses. Peu importe si les autorités traditionnelles et religieuses jouent un rôle positif ou négatif dans la gouvernance locale, le constat qu’elles jouent un rôle dans la gestion publique locale est suffisant pour y prêter une attention particulière. Pour relancer la décentralisation et faire face au manque de confiance dans les relations entre l’État et la société afin d’améliorer l’appropriation de la gestion publique par les citoyens, on doit imaginer des pistes qui permettent d’arrimer les réalités coutumières aux institutions modernes: la valorisation du statut légal actuel de certaines autorités traditionnelles, leur possible intégration aux conseils communaux ou la question d’un conseil des anciens sont quelques -unes des pistes envisageables ou envisagées même s’il est nécessaire de réfléchir aux moyens de maîtriser certains effets négatifs potentiels du renforcement du rôle des autorités traditionnelles et religieuses dans la gestion publique locale au vu de certains principes de gouvernance ,parmi lesquels la prise en compte des besoins et des droits des femmes, des jeunes et des populations allogènes.

S’agissant de la société, on peut  se demander si les changements de mentalité nécessaires pour  créer une société développementaliste se produiront  à court terme. La « destruction créatrice » de l’entrepreneur schumpetérien est-elle a  l’ordre du jour dans nombre de sociétés ou la minimisation du risque, plutôt que la maximisation de la productivité, est préférée par de nombreux groupes ? Ou les systèmes de production sont basés sur la compression des couts et investissements physiques, économiques et politiques ? et ou les pratiques rentières sont considérées de ce fait comme normales ?Ou l’esprit d’entrepreneuriat a été systématiquement combattu, extirpe et quelquefois légalement puni par un arsenal répressif qui a privé les populations africaines de leurs biens ,comme la terre en Afrique du Sud avec le Land Act, ou les a vassalisées par des méthodes apparemment plus douces mais tout aussi négatives comme l’aide  dont on a pu dire qu’elle avait affaibli le système de défense immunitaire des sociétés qui en sont devenues dépendantes ?

Sur l’une et l’autre variable-clé de la citoyenneté, des interrogations se sont fait jour, dont quelques-unes venant d’Africains ! Les  discuter ne serait pas superflu.

Ce qui reste également constant c’est que dans ces divers scenarios le rôle et la place de la jeunesse sont particulièrement critiques. Cette frange de la population. Elle est la majorité démographique sur ce continent mais l’Afrique est dominée par une gérontocratie sur le plan politique .La jeunesse est donc minoritaire au plan sociologique et ce décalage ne va pas sans poser de sérieux problèmes. Pour l’heure ,les décideurs parlent de cette jeunesse comme d’  «  une bombe à retardement » mais il n’est pas de tache plus urgente que de promouvoir un autre regard sur la jeunesse, qui consisterait à voir cette catégorie de la population africaine non point comme une contrainte ou une variable d’ajustement, ou encore un épouvantail, mais comme un atout ,au même titre que  la classe moyenne africaine. L’on ne peut qu’être d’accord avec ceux qui, a l’instar du Groupe initiative Afrique affirment qu’ « une véritable inversion des tendances actuelles  est nécessaire qui mettrait dans les faits l’accent sur deux nouveaux tropismes :le premier tropisme consisterait a mettre la jeunesse au cœur delà politique générale ;le second a mettre l’emploi comme objectif premier de la politique économique »

La question de l’éducation devient dans ce contexte une problématique centrale. L’école est la fabrique de l’avenir et elle le sera de plus en plus. Au plan culturel, le défi est de construire des sociétés du savoir, de revaloriser la place du savoir dans la société.

Box sur l’Ecole de l’avenir .

La question de l’éducation, de la formation et de l’emploi doit être au centre des politiques publiques dans la démarche prospective. En particulier, une refondation de l’éducation est nécessaire pour tirer profit du dividende démographique au Sahel.

Au-delà de l’école, l’Afrique doit se doter des moyens de disposer d’une souveraineté intellectuelle  car l’action qui n’est pas soutenue par une réflexion solide  risque de virer très vite à un activisme qui sera d’autant moins productif qu’il sera pour l’essentiel sur le mode  réactif. La bataille sera rude car en matière de  production scientifique et technologique, l’avance des pays industrialisés du Nord est telle que l’on assiste  à ce qui a été appelé une monoculture de la connaissance ; mener la bataille  est pourtant indispensable car les systèmes de connaissance – qu’ils soient locaux ou importes – ne sont jamais neutres. Ils  peuvent renforcer l’architecture des relations asymétriques associées à la globalisation  ou, au contraire, avoir un effet libérateur ; ils peuvent  légitimer les discriminations -de classe, de race, de genre- ou, au contraire, en saper les fondements. De ce fait, leur maitrise   constitue  un enjeu de taille comme l’ont bien montre tous ceux qui se sont attelés à la déconstruction des épistémologies et bibliothèques coloniales et postcoloniales. La mutualisation des systèmes d’enseignement supérieur et technique et des formations peut dans ce cadre être une piste digne d’être explore et/ou poursuivie vigoureusement

 

Annexe méthodologique

Une approche prospective de la citoyenneté passe nécessairement  par  un essai de compréhension des facteurs, des acteurs, des stratégies des acteurs intervenant dans la constitution de la citoyenneté

  1. Les facteurs incluent des aspects naturels, physiques mais aussi immatériels .La citoyenneté se cristallise en bien des endroits autour du contrôle des ressources naturelles. Celles-ci ont beau être abondantes au Sahel, elles n’ont  pas assuré jusqu’ici la prospérité des citoyens. Elles n’ont été  ni le sésame absolu, ni une  source de malédiction absolue per se. Leur importance ne devrait pas décroitre dans un  futur proche, malgré la tendance à la dématérialisation de l’économie ; on ne peut donc s’en désintéresser dans une approche prospective de la citoyenneté.

Mais on ne saurait non plus, lorsque l’on considère l’avenir de la citoyenneté, s’en tenir à ces seules ressources naturelles .Pourquoi ? Parce que les sources de conflit de demain ne seront certainement pas que matérielles .Il est vraisemblable que l’immatériel fera son irruption sur le terrain des conflits de façon plus prononcée que jusqu’ici. Ainsi en est-il des problèmes d’identité, y compris d’identité religieuse et spirituelle, qui ont refait surface et donnent lieu à toutes sortes d’anamnèse qu’on aurait tort de banaliser en les mettant sur le compte de quelques fondamentalistes qui seraient des fous de Dieu. Sur le même registre du subjectif, l’on citera aussi  les sentiments d’injustice, de discrimination dont s’estiment, à tort ou à raison, victimes certains groupes sociaux, certaines communautés. Les besoins de reconnaissance seront sans doute plus accentues dans le futur et sans doute faudra-t-il passer  de la question de la redistribution (centrale au 19 et 20 eme siècle) a une sorte de grammaire morale des conflits sociaux, au centre de laquelle se trouverait  la notion de reconnaissance, le besoin d’être reconnu dans toute sa valeur humaine. Le travail, et le travail décent, devra sans doute être revisite dans ce cadre ; il doit retrouver sa dimension émancipatrice. Il faudra donc trouver le moyen de le réhabiliter comme une modalité de reconnaissance, le remettre au cœur du vécu, car sa perte est vécue comme une blessure morale, surtout dans des sociétés qui jusqu’à une date récente, jusqu’à l’irruption de l’argent, ne connaissaient pas le chômage, des sociétés ou la notion de population productive n’avait pas de sens.

  1. Les acteursde la citoyenneté se sont multiplies et ont cessé d’être locaux. En effet la globalisation amène de nouveaux acteurs tant au niveau de la légitimation de la citoyenneté que de la contestation de la citoyenneté par des moyens violents .Rien ne l’illustre davantage que la guerre contre le terrorisme qui permet d’exclure du champ de la citoyenneté certains groupes

Parmi les acteurs de cette guerre, il y a les maitres de ce monde sur le plan militaire. L’hyperpuissance US, réelle, même si l’ « impuissance américaine » s’étale parfois, côtoie celles des puissances occidentales en Afrique. Or ces acteurs de notre avenir font aussi des prospectives dans lesquelles la citoyenneté est appréhendée a des niveaux variables, comme risques ou opportunités et ils déterminent leurs stratégies en fonction de ces évaluations. D’une certaine manière, le futur de la citoyenneté  s’en trouve déjà pense. Dans certaines de ces prospectives, rien ne devrait changer :l’Afrique n’est vue que comme une réserve de matières premières ;dans d’autres ce rôle sera de moins en moins important ,le continent sera plutôt vu comme le ventre mou du système mondial qu’il faut protéger contre le terrorisme par le développement ,pour d’autres encore cette protection passera par des changements de régime fut-ce au moyen de méthodes peu démocratiques .Les doctrines différenciées des USA , de la Grande Bretagne, de l’UE en ce qui concerne l’approche des Etats en faillite ou post-conflit reflètent des lectures différenciées du poids géostratégique de l’Afrique

Mais aujourd’hui, à cote des Etats  -dominants dans le syndrome de Westphalie-  existent des groupes prives, des milices plus puissants que certains Etats car ils sont transnationaux. Les Etats n’ont donc plus le monopole de la violence légitime  (Weber).Ils sont confrontés à d’autres acteurs non-étatiques aux intérêts, motivations et moyens différenciés. Cette évolution  ne va pas sans créer de vives tensions. En effet, si les guerres ont beaucoup change, les militaires à qui revient la tâche de protéger les civils sont peu outilles pour participer à des activités à long terme de consolidation de la paix. Il s’y ajoute qu’en  dépit des changements dans les conditions de la guerre, il reste toujours plus difficile, comme le soulignait déjà Clemenceau, « de faire la paix que de faire la guerre ».Ces évolutions conduisent à s’interroger sur la place et le rôle des armées dans la défense de la citoyenneté.

Les acteurs impliqués dans la réponse aux conflits et à la violence se sont aussi multiplies. Il n’est pour s’en convaincre que de considérer la scène africaine des  opérations de maintien  de la paix : elle est caractérisée  par le déploiement d’une myriade d’acteurs : armées nationales ; forces régionales africaines ; forces étrangères ; forces onusiennes ; forces intégrant ces différentes composantes dans des combinaisons plus ou moins originales  .Cette tendance ira vraisemblablement en se renforçant.  On constate également que, en plus de ces forces étatiques ou interétatiques, il y a dans toutes les opérations de résolution des conflits, et encore plus de prévention des conflits, des ONG, d’obédience confessionnelle (Eglise dans les conférences nationales des pays francophones, San Egidio en Casamance) ou laïque (ACCORD au Congo, Burundi), qui jouent un rôle non négligeable. Sans surprise, elles sont même les principaux acteurs pour tout ce qui tourne autour des questions de citoyenneté et de   «  culture de la paix ».

  1. Stratégies: La meilleure façon de promouvoir la citoyenneté et de l’enraciner dans le sol africain serait, dans une certaine doxa, de mettre fin aux guerres .Mais sous ce rapport, il faut distinguer les conflits interétatiques des conflits intra-étatiques.

Les conflits interétatiques seront sans doute de plus en plus rares et peut –être même pourraient-ils effectivement  disparaitre du sol africain d’ici 2020 puisqu’ils ont déjà sérieusement diminue, les deux  seuls foyers  encore vivaces étant l’Ethiopie et l’Erythrée et les Soudan. On peut donc raisonnablement envisager un scenario consistant à « mettre fin aux guerres en Afrique  en 2020 » comme l’ambitionne  de la Déclaration solennelle  de l’Union Africaine. Mais cela ne signifierait pas nécessairement la fin des conflits car les guerres interétatiques visées dans la Déclaration  n’ont jamais été la seule modalité/expression de conflictualité et elles le seront encore moins demain.

Les conflits en Afrique ont été pour l’essentiel des conflits intra-étatiques. Une des caractéristiques de ces conflits intra-étatiques c’est  leur capacité de trainer en longueur ; leur moyenne d’âge est plutôt élevée, beaucoup de ces conflits étant nés aux premières heures des indépendances (cas du conflit Touareg au Mali) ou dans les premières années de la « décennie perdue » des années 80 (conflit casamançais, LRA en Ouganda) .Une autre caractéristique qui rend leur solution plus complexe est que ces conflits tendent très vite à prendre une tournure régionale et a s’internationaliser ;en d’autres termes leur géographie est mouvante, nébuleuse (exemple  des islamistes du FIS en Algérie ,des activistes de Boko Haram au Nigeria).Du fait de ces caractéristiques, des stratégies /solutions plus politiques que militaires, plus longues à mettre en place, seront sans doute nécessaires pour en venir à bout.. Les programmes spéciaux pour les régions défavorisées (Karamojong en Ouganda, le Nord au Mali) mais avec des lignes infranchissables (« ni autonomie, ni fédération » avertissait Ibrahim Boubakar Keita) rentrent dans la catégorie de la paix par le dialogue. Mais puisque rien ne garantit leur succès, on ne peut jamais tout à fait exclure le recours aux armes pour dénouer les situations conflictuelles. D’autant que les stratégies des acteurs extérieurs se différencient aussi[35].

 

[1] Extraits de la lettre de B.S Traore.

[2] Sahel signifie en arabe rivage .En l’occurrence ravage du désert.

[3] Mali, Mauritanie, Sénégal, Niger, Haute-Volta et Tchad. On remarquera qu’ils sont tous francophones a ce premier stade

[4] Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau.

[5] Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Conakry.

[6] Les « invariants » peuvent être définis comme les éléments qui n’ont pas changé dans le passé et qui ne changeront pas dans l’avenir.

[7] Les « tendances lourdes » sont les tendances qui ont pris racine dans un passé plus ou moins récent et dont on peut penser qu’elles vont se poursuivre dans l’horizon temporel qui sera retenu.

[8] Les « germes de changement » sont les facteurs qui sont susceptibles, s’ils se développent, d’infléchir les tendances lourdes.

[9] Elles sont attribuées à la surévaluation du CFA, ce que conteste la BCEAO

[10] Les analyses récentes ont ainsi mis en avant le renforcement d’un « complexe régional sécuritaire » au Sahel de par la nature commune des conflits armés et de l’insécurité en termes de causes et d’impacts, mais aussi une inter connectivité croissante entre les épicentres de crises (sud Libye, nord Mali, Bassin du Lac Tchad, République centrafricaine) et entre les groupes extrémistes armés.

[11] Le rapport de 2013 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a ainsi pour la première fois explicitement reconnu les conséquences sécuritaires des phénomènes climatiques au Sahel : réfugiés climatiques, lutte autour des ressources en eau ou en terres arables, etc.

[12] Extraits de l’interview publiée dans Les Echos, no 4472 du 24 juin 2015, pages 4 et 5

[13] Voir A. Sall in « Petit précis d’histoire…. ».

[14]  Par contre les prospectives régionales par opposition aux prospectives nationales sont plus rares  puisque l’on n’en compte que XXXX

[15] Pierre Jacquemot, Le dictionnaire encyclopédique du développement durable, Editions Sciences Humaines,2017.Page 49.

[16] .Voir ma contribution au 17 eme Forum de Bamako, citée par Fulcrand

[17] P.C Damiba. Contribution au symposium PNUD sur le Sahel, Octobre 2015

[18] C’est ce qui explique que la DATAR en France ait été un des hauts lieux de la prospective en France.

 

[19]  Idem

[20] Extraits de John Igue a la Conférence RASA de Dakar

 

[21] La première véritable étude prospective régionale du Sahel a été publié en 1987 par l’OCDE : « Le Sahel face aux futurs : dépendance croissante ou transformation structurelle ? Etude prospective des pays sahéliens ». Cette étude a servi de base à l’écriture d’un autre ouvrage par Jacques Giri publié en 1989 : « Le Sahel au XXIème siècle : un essai de réflexion prospectives sur les sociétés sahéliennes ». Enfin, une nouvelle étude, publiée en 1994, « Pour préparer l’avenir de l’Afrique de l’Ouest : une vision à l’horizon 2020 », est davantage une étude démo-économique qu’une étude prospective en tant que telle. Ces études commencent donc à dater. Or des changements importants sont survenus au cours des deux dernières décennies dans le Sahel et dans le monde qui modifient le champ des avenirs possibles.

 

[22] (Des frontières en Afrique du 12 au 20eme siècle, p247, Unesco 2005

[23] ; elles représentent 60% de son budget, en 2013,selon Kaberuka  au 13 eme forum Afrique a  l’OCDE le 7Octobre  2013 a Paris.

[24] Ces travaux menés sous la direction de Caelestous Juma et Ismael Serageldin ont donné lieu a la publication Freedom to innovate dont les pages 47 et sq. Sont consacrées aux infrastructures

[25]Théorisée par l’Historien A. Mbembe, Professeur à l’Université de  Wits

 

[26]Personnage de ’L’Aventure ambiguë’’ un roman culte de C.H. Kane paru au début des années 60

 

[27] Rapport de UN Habitat

[28] Landing Savane, démographe sénégalais auteur du «Grand tournant du 21ème siècle », l’a note non sans une pointe de malice dans un texte consacré au Sahel.  

[29] P Harisson, Johannesburg Foresight, page 5

 

[30] Titre d’un roman de Adam Ba Konare

[31]Voir Bruno Losch

 

[32] Comme le signalent les auteurs de la proposition l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad représentent à eux-seuls deux fois la surface de l’Union européenne et près d’un tiers de celle du continent africain (OCDE, 2014

[33] Cette thèse défendue, entre autres, par Acemoglu, a en effet acquis droit de cite et nombre d’analystes mettent sur le compte de l’absence de ces caractéristiques la stagnation économique du continent.

[34] On trouvera en annexe une note méthodologique sur cette approche prospective de la citoyenneté.

[35] Rien ne le prouve davantage que les approches des agences de coopération par rapport aux Etats fragiles/faibles/faillis. Les deux principales écoles en la matière sont la britannique et l’américaine. La britannique, qui a inspiré dans une large mesure la Banque Mondiale, s’enorgueillit d’être technique et politiquement neutre. Elle met l’accent sur la prévention des conflits, la lutte contre l’extrême pauvreté et le sous-développement. Elle réconcilie les OMD et les préoccupations sécuritaires au motif que “a poverty reduction-oriented development strategy will lessen risks of conflicts” Les principes directeurs de l’OCDE/The OECD  “Guiding Principles” (2005) relèvent de la même philosophie. Prenant comme point de départ l’idée que l’insécurité et la pauvreté sont liées, ils se donnent comme but  “help the national reformers to build legitimate, efficient, and robust public institutions”   La doctrine US est différente. Se voulant pragmatique, politiquement engagée et centrée sur les intérêts nationaux, la doctrine met l’accent sur la sécurité des USA. Ainsi la priorité est donnée aux pays  qui peuvent menacer la sécurité des USA et les interventions visent à renforcer le secteur de la sécurité (forces armées, police, système judiciaire) et, en parallèle, le soutien à l’établissement de systèmes politiques modelés sur les démocraties occidentales pluralistes, censées être plus pacifiques et favorables aux USA. Ainsi, comme on l’observe déjà aujourd’hui, il y a gros à parier que le continuum qui va de la paix par le dialogue à la paix imposée par les armes va être une figure de demain. 

 

 

 

 

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