June 1, 2017 | Blog

“ce qui ne meurt pas, c’est le pays : pensez alors au pays”

Par Chirfi Moulaye HAIDARA, Chercheur, Sema II Badalabougou

En ce mois béni de Ramadan, mois de communion, de méditation, mois tourné vers une dynamique de groupe orientée sur les pratiques saines, sur la quête de salut commun, il faut, dans la bonne foi et le bon sens, avoir une pensée pieuse pour les êtres qui ont tiré leur révérence.

Notre père, le président feu Mamadou Konaté (Paix à son âme) disait : « nous sommes tous appelés à mourir, ce qui ne meurt pas, c’est le pays : pensez alors au pays ».

Le sénégalais Birago Diop affirmait que « les morts ne sont pas morts ».

«Il faut passionner les masses pour les organiser » pensait Vladimir Jankélévitch mais il faut le faire utilement.

Le Mali est un pays béni depuis belle lurette et il ne peut que survivre, In Cha Allah, aux provocations de ses détracteurs, nombreux et variés.

Des signes avant-coureurs de changement positif des mentalités, des modes de pensée, se manifestent de plus en plus, reflétant des vertus de sagesse et de pédagogie reléguées par des hommes exceptionnels qui, de leur vivant, ont marqué d’empreintes indélébiles la marche du Mali vers son meilleur devenir.

‘’ On ne peut construire l’avenir en méconnaissant le passé’’.

L’épanouissement de la société malienne dans son intégralité constitue une préoccupation majeure et il n’arrive à l’esprit de personne d’en douter.

La constance dans l’effort, l’amplification des propos de tolérance, de paix, d’entente, la fierté d’appartenance à un pays arc-en-ciel, ouvert sur l’extérieur depuis des siècles , l’évolution de l’économie de subsistance vers l’économie de croissance, la culture de résultats , le besoin de la rencontre de l’autre, de dialogue inclusif, voilà des leviers qui rencontrent, de plus en plus, des échos sonores au sein du grand public.

Constatés mais peut-être contestables certainement par les pessimistes, ces signes sont, de notre avis, annonciateurs de lendemains rassurants pour l’ensemble des populations, tant urbaines que rurales.

Chacun doit, dans cette perspective, se souvenir des personnes rappelées à Dieu au fil des ans et poser, ainsi, un acte revêtant une signification de haute portée de par sa dimension spirituelle en l’occurrence…

Il faut donc s’incliner devant la mémoire des disparus dont les martyrs, les héros de la liberté, les pionniers de la lutte contre les forces du mal, les humanistes, les rassembleurs qui n’ont cessé de dénoncer les dangers des replis identitaires, du communautarisme culturel, de l’instrumentalisation du fait religieux, les leaders de grande réputation qui ont porté loin la voix du Mali.

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Ceux pour qui les symboles d’honneur et de dignité n’ont pas de prix, ceux qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire de notre pays, qui ont prêché les bonnes paroles dans l’intérêt général, lancé des cris d’alarme contre la perte des repères, l’effritement des mœurs, méritent des hommages renouvelés de la part de l’ensemble des citoyens.

Des éducateurs émérites n’ont cessé de mettre savamment l’accent sur la formation (diplômante ou qualifiante) de la jeunesse, des responsables à tous les niveaux, sachant qu’il s’agit là d’un facteur important de développement, un placement sûr parce que s’adressant à l’homme, capital le plus précieux.

Pleins d’humilité et de piété, croyant plus aux valeurs qu’aux talents, des patriotes ont fait de leur rêve une nation malienne apaisée et réconciliée, renouant avec la grandeur et le rayonnement d’antan.

Et pourtant bon nombre d’hommes, de femmes, d’enfants ont payé de lourds tributs lors des conflits ; ils ont souffert d’exactions, de désolations, de traumatismes, d’angoisses, sans haine ni rancune, ni esprit de vengeance, le cœur toujours à la bonne place. Ils ont soutenu, bon an, mal an, le fait ’’qu’il est plus facile de détruire que de construire ‘’

Personne ne doit oublier ceux et celles qui n’ont cessé de déplorer l’indifférence des autorités et de la société civile devant la persistance des bouleversements et des soubresauts qui ont secoué, çà et là, le pays depuis son accession à la souveraineté nationale et internationale le 22 septembre 1960 (sécheresse, exode rural, fuite de cerveaux, baisse du niveau scolaire et universitaire, baisse du pouvoir d’achat, mendicité croissante, différends fonciers, rétrécissement du marché d’emploi, etc).

Pensons à ceux et à celles qui ont fait abnégation d’eux, violence sur eux pour se consacrer aux autres, pour extirper tout filtre avec eux, cherchant d’abord à ‘’comprendre les questions ’’ selon l’idée du grand savant chinois Confucius il y’ a six siècles avant notre ère.

Il faut se souvenir des êtres humains qui n’ont pas pu mourir adultes, au sang des victimes d’agissements récurrents dont les auteurs n’ont pas mesuré la gravité morale et religieuse de leurs actes en essayant de raviver les feux de la haine, de l’ignorance, de la violence.

Certains ont compris le message fort contenu dans l’adage suivant : « avant d’être chef balayeur, il faut savoir balayer ».

Ils ont cherché à prôner l’unité dans la diversité, souhaité partager longtemps avec leurs contemporains des convictions profondes : il n’existe aucune corrélation entre la pauvreté et la fatalité ; ce qui compte, ce sont les bienfaits de la coexistence pacifique, de la solidarité agissante, de la générosité, de la compréhension et du respect mutuels, du langage de la vérité et de la réalité.

Des compatriotes jouissant de qualités humaines avérées n’ont pas pu malheureusement forger leur destin en raison de la persistance des conflits, des querelles fratricides, des blessures de trop, de l’incivisme, des déchirures béantes du tissu social, de toutes sortes de phénomènes de dénigrement, de culte de l’argent, devenus contagieux.

D’autres, pour qui le pays a été un creuset d’excellence, ont été désagréablement surpris par la propagation inquiétante du virus de l’opportunisme, du favoritisme, du laxisme, du népotisme.

Au vu de la disponibilité de la main d’œuvre nationale, ils ont encouragé le réflexe d’entreprise, cru à la promotion des travailleurs compétents, intrépides, polyvalents, ces forces constituant les principales richesses du pays, celles destinées à valoriser toutes les autres ressources existantes.

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Certes, l’être humain n’est pas du tout parfait et la science la plus facile à laquelle souscrivent généralement’’ les personnes à problèmes’’ (il en existe partout dans le monde), demeure celle de la critique, une critique souvent stérile et sans effet.

C’est pourquoi nos aïeux ont attiré l’attention de leurs contemporains sur les individus qui, sans vergogne, ont la manie de critiquer constamment les proches et connaissances sans jamais proposer des solutions idoines aux problèmes rencontrés, sans s’impliquer dans l’analyse des situations de blocage pour déceler les insuffisances ou les faiblesses à combler, pour contribuer à redresser les dysfonctionnements.

Pour nos ancêtres, l’essentiel est de savoir parler aux hommes et aux femmes mais surtout de savoir les écouter, d’être sensible à leurs soucis quotidiens.

Des compatriotes ont lutté contre la démagogie, le clientélisme et leurs effets tentaculaires, contre toutes relations de connivence entre le pouvoir et le savoir, sachant que ‘’ le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument’’, des vérités que partagent les bâtisseurs comme les démolisseurs.

Ils nous ont enseigné que ‘’ la meilleure des disciplines, c’est l’autodiscipline’’ et que le’’ pardon demeure le socle de la fraternité’’.

Il faut se souvenir de tout cela car le souvenir est plein d’enseignements fructueux alors que l’oubli est une pure négation de l’imaginaire collectif, une fuite en avant dans l’accomplissement du devoir de mémoire qui s’impose à tous pour que des pans importants de l’histoire nationale ne soient exposés à l’effondrement.

Le souvenir constitue un créneau susceptible de permettre surtout aux générations montantes de tenir l’esprit en éveil, d’orienter largement la curiosité vers tout ce qu’elles ignorent du jardin parfait de valeurs sociétales héritées d’un passé glorieux, berceau de brillantes civilisations multiséculaires.

Souvenons- nous de la phrase célèbre du traditionnaliste feu Amadou Hampâté Bâ (Paix à son âme) : « en Afrique chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ».

L’histoire aussi a horreur du vide comme la nature du reste.

Enfin, Il ne faut pas se laisser distraire par des sceptiques qui croient encore, à leur manière, que ‘’la Terre est l’enfer d’une autre planète ‘’.

Dormez en paix chers êtres disparus ! Que vos âmes reposent en paix ! Amen !

 

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