February 21, 2016 | 16e Edition du Forum de Bamako, Conférence, Dates importantes, Développement, Featured, Média & Presse

Abdullah Coulibaly: “L’Afrique sera au rendez-vous de l’histoire”

add Le truculent président du Forum de Bamako, a reçu Journal du Mali pour évoquer cette session de réflexion version 2016, ses invités, ses combats, ses espoirs…

Journal du Mali : À quelques heures de la 16ème édition du Forum de Bamako, dans quel état d’esprit êtes–vous ?

Abdullah Coulibaly: Je suis un homme comblé ! Aujourd’hui, le Forum de Bamako est devenu un lieu d’émission, de partage et d’échange du savoir, un métissage des compétences en ce moment critique que traverse notre pays. Voir des gens venir d’Amérique, de France, d’Asie et de beaucoup de pays africains me réconforte. Car cela signifie que même dans les difficultés, le Mali reste une destination à la source du savoir. Je suis heureux que des Africains soient à la base de ce forum, et montrent au reste du monde que l’Afrique qui gagne est en route.

Vous avez évoqué la situation que traverse le Mali. Pour vous, la venue de tout ce beau monde au Mali peut-elle être un déclic pour la population malienne qui a tendance à se refermer sur elle-même ?

Il est vrai que le peuple malien a prouvé sa résilience. Nous sommes dans un monde qui fait face à une nouvelle forme de menace, et la meilleure manière d’y faire face est de montrer qu’on ne courbe pas l’échine face à l’adversité. Voilà pourquoi certains de nos amis étrangers ont d’ailleurs décidé de venir à Bamako pour montrer leur solidarité. Nous sommes tous en quête de cette liberté sans laquelle il n’y a pas de vie. Donc, s’il plaît à Dieu, ce forum sera excellent !

Le thème de cette 16ème édition est « Afrique entre chaos et émergence ». Pourquoi ce choix ?

Les raisons de ce choix sont diverses. En voyant ce qui se passe au Burundi, en Somalie, etc, l’on dira que l’Afrique est un continent en plein désordre. Mais l’Afrique est plurielle, multiforme, elle est riche, elle personnalise l’être humain. Nous sommes dans la dualité entre le chaos et l’émergence. Le chaos, il faut le regarder en face parce que pour émerger, il faut vraiment voir ce que l’on vit, faire l’état des lieux. Aujourd’hui, les pays du Sahel font face à une menace très sérieuse. Je rends hommage à la France, parce que sans son appui, on ne serait pas en train de donner cette interview.

L’Afrique dans le chaos est dû à la mal-gouvernance. Quand on voit de jeunes Africains braver la mort dans le désert, c’est que ce qu’ils fuient est terrible ! Et ce qu’ils fuient, c’est le fait que nous détruisons le peu que nous avons sans donner de perspective à cette jeunesse. Donc le plan thématique de ce forum met le curseur sur les jeunes, afin de les sortir du chaos. Le changement climatique, également, fait que notre production diminue. Tout ceci crée des conditions de chaos. Voilà pourquoi nous comptons donner des perspectives sur ces éléments dans notre forum, afin de favoriser le développement, de créer des emplois pour tous.

Le Mali comme beaucoup de pays, est confronté aux problèmes sécuritaires. Est-ce que c’est le développement qui est la solution à ces problèmes ?

C’est toute la question de la poule et de l’œuf. Il n’y a pas de développement sans sécurité, et pas de sécurité sans développement. Donc le véritable défi du Mali, c’est de sécuriser toute cette grande frontière immense qui existe entre le Mali et la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, etc. À cela s’ajoute la densité de la population. Plusieurs organisations ont été créées afin de favoriser le développement, sans aucun résultat. La clé du développement, c’est la population. Il faut la mettre au cœur du processus afin qu’elle puisse aider les services de sécurité dans leur travail. Donc le développement et la sécurité sont étroitement liés.

Le forum est un espace de réflexion, d’émission d’idées. Mais après, que fait-on de ces idées ?

Cette question revient souvent. Ce que les gens oublient, c’est que nous sommes une structure de réflexion, nous proposons des pistes de solution à des problèmes auxquels le pays fait face, à la disposition des décideurs. Ce qui est réjouissant, c’est que des pays d’Afrique centrale nous ont appelé pour nous demander les résultats de nos travaux sur la privatisation en Afrique, car ils voulaient privatiser leur secteur des télécoms, et un autre sur les réformes du système éducatif. Tout cela pour vous dire que le fruit de nos réflexions, qui est disponible sur notre site et dans les librairies, est à la disposition de tout le monde. Tous les pays développés au monde sont des pays pour lesquels la recherche est importante, et les éléments de développement, ce sont ces espaces de réflexion. Donc nous pouvons dire qu’en 16 ans, nous avons apporté une petite contribution et nous nous en félicitons. Nous avons l’humilité de savoir qu’il reste beaucoup à faire. Mais de voir qu’en Afrique, au cœur du Sahel, des gens viennent depuis 16 ans, cela signifie que l’initiative mérite d’être soutenue. Nous devons aller de l’avant, essayer de nous battre. Nous ne sommes ni un parlement, ni un pouvoir politique pour imposer quoi que ce soit, mais nos réflexions sont disponibles pour tout le monde. Voilà. L’initiative permet aux investisseurs de venir investir dans notre pays, et cela est important et permet à la population de dire “yes we can”.

Quelles sont les sommités que Bamako va accueillir à partir du 18 février ?

C’est difficile de tous les citer, parce qu’ils sont tous très importants. Celui qui va « ouvrir les hostilités », si on peut parler ainsi, c’est Serge Mikhaïlov. Nous l’avons appelé parce qu’il a écrit un livre, qui se vend bien, intitulé « Africanistan ». Quand on le lit et qu’on compare l’Afrique à l’Afghanistan, on dirait qu’on est dans le cœur du chaos ! Ce monsieur a été patron à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement. J’ai trouvé intéressants ses développements, ses analyses sur le phénomène de la démographie, notamment au Niger, et l’impact du changement climatique. Je ne suis pas d’accord sur tout ce qu’il dit, mais c’est pour cela qu’il m’intéresse. Il y a également Cheick Tidiane Gadjo qui pense, lui, que l’Afrique flamboyante est en marche à travers le panafricanisme. Vous avez aussi André Bourgeot, qui viendra nous parler d’une forme d’instrumentalisation de l’islam par les religieux, qui est une réalité au Mali et dans beaucoup d’autres pays. À côté de lui, vous avez également Nicolas Normand, qui est le patron de l’Institut des hautes études de la défense nationale en France. Il va nous parler de l’effet de la globalisation sur nos pays. Vous avez également notre sœur, Marie-Roger Biloa qui va nous parler de la crise migratoire et son impact sur l’Afrique. Les jeunes Alpha Diallo de la société « On time international » et Samba Batilly vont venir présenter leur expérience. On fait également venir Gilles Babinet, qui va présenter tout ce qui concerne l‘économie séculaire. L’ambassadeur Cheika Touré, va évoquer le rôle de la CEDEAO dans la mutualisation des dispositifs de sécurité. Alioune Sall, qui a été architecte, est le président de l’African future institut, un des esprits les plus brillants du continent, questionnera la citoyenneté. Le Président de la République viendra assister aux deux premières présentations. Je vous laisse découvrir les autres invités en venant assister au Forum.

Un dernier mot ?

Ce que je souhaiterais, c’est que la jeunesse africaine ait un sursaut d’orgueil. Pour moi, l’Afrique est à un tournant, et je suis convaincu qu’elle sera au rendez-vous de l’Histoire. L’Afrique va rayonner, mais cela ne peut se faire sans les Africains. Il faut que nous soyons les acteurs de notre histoire. L’Afrique est une destination. Les gens viendront, même si nous ne faisons rien. Donc nous devons prendre conscience de ces réalités en travaillant, en nous formant, en travaillant, travaillant et travaillant, et en croyant en nous-mêmes. Mobilisons-nous, soyons solidaires et diminuons nos égos. On pourra aller très très loin. C’est l’appel que je fais à la jeunesse. Je suis sûr que l’espoir est permis avec les jeunes que je viens de découvrir.

Je remercie également le Gouvernement et le Président de la République, pour leur soutien et pour le fait d’organiser, le samedi soir, un banquet dans la salle des banquets du Palais de Koulouba, en l’honneur de tous mes invités. Ce forum servira de préparation dans un certain nombre de domaines (l’accueil, le protocole et la sécurité) pour le sommet Afrique-France qui aura lieu à Bamako en janvier 2017.

NDLR : Abdullah Coulibaly est le président de la commission d’organisation du Sommet.

Par Célia d’ALMEIDA et Kadiatou DIA, stagiaire

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